Elections communales 2018 : quelle place pour le numérique ?

Communales 2018Le 14 octobre prochain, les électeurs belges se choisiront leurs nouveaux mandataires communaux. A quelques jours du scrutin, on peut s’interroger sur la place que prend le développement numérique des territoires dans le projet politique des différents candidats aux “pouvoirs locaux”. Il y a du numérique dans les campagnes de communication, ça, bien évidemment. Les listes sont présentes sur les réseaux sociaux et de nombreux candidats, jeunes et moins jeunes, ont fini par monter dans le train de la communication digitale, passage obligé pour partager leurs idées. … Partager leurs idées, mais aussi récolter celles de leurs concitoyens par des appels à projets et autres consultations pour nourrir leurs programmes … gageons d’ailleurs que cela puisse aboutir à des formes plus durables d’e-gouvernance ! A quand un budget communal participatif ?

Mais que faut-il pour développer son territoire grâce au numérique ? Et bien avant tout, des infrastructures et de la connectivité ! Et là il y a un vrai sujet pour les candidats sur de nombreuses communes, particulièrement en milieu rural où subsistent toujours des zones peu ou mal couvertes en débit, voire pas du tout. Incroyable en 2018, non ?! Le morcellement des compétences entre le fédéral et la région ne facilite peut-être pas le dialogue avec les opérateurs… passons !

Autre sujet assez tendance ces derniers mois : le coworking. A écouter les candidats, on s’imaginerait presque l’ensemble du territoire couvert par des espaces de travail partagé. C’est un bon signal pour repenser la mobilité des travailleurs mais cela devra passer à la fois par de la coordination afin que tous les nouveaux lieux forment un réseau maillé et par une réflexion de fond sur le modèle économique pour qu’ils soient pérennes … Tout ça présuppose des réponses régionales et fédérales, notamment en matière de dialogue avec les employeurs pour favoriser le télétravail des salariés dans ces nouveaux lieux qui pour l’instant accueillent surtout des indépendants.

Des réponses régionales et fédérales à propos du développement numérique des territoires… on peut en trouver certaines dans les stratégies adoptées à ces niveaux de pouvoir durant la mandature qui se termine : Digital Belgium et Digital Wallonia, qui “fixe le cadre et les priorités pour la transformation numérique de la Wallonie”. A l’échelle locale, force est toutefois de constater que les déclinaisons de ces stratégies sont quasi inexistantes même si quelques grandes villes se questionnent sur leur intelligence… cette fameuse Smart City que l’on ferait bien de bannir de notre vocabulaire pour lui préférer Smart Territoire ou tout simplement intelligence collective et enfin espérer que nos mandataires locaux comprennent l’intérêt d’inscrire le numérique comme une composante de leur stratégie de développement local !

Car oui, le numérique impacte aujourd’hui l’ensemble des domaines de compétences des pouvoirs locaux et le développement économique et social d’un territoire passe par de nouveaux outils … pour soutenir le développement économique par la mise en réseau des acteurs, pour promouvoir de nouvelles formes de travail grâce aux espaces de coworking, pour développer de nouveaux modes de production grâce à la fabrication additive, de nouvelles formes de commercialisation sur le web pour les entreprises locales, pour promouvoir l’attractivité touristique avec une plateforme de réservation en ligne et des outils connectés de découverte du territoire, pour faciliter le travail des agriculteurs en automatisant certaines tâches, pour signaler un dépôt sauvage d’immondices, pour maitriser les coûts énergétiques de son habitation ou des bâtiments publics avec la domotique, pour consulter son médecin à distance, pour faciliter la mobilité des habitants… Les exemples sont légion !

Mais attention, le numérique ne résout évidemment pas tout et reste un outil au service d’un projet de développement qui se doit de répondre aux besoins spécifiques d’une commune et de ses habitants … tout en ne laissant personne de côté … La fracture numérique et l’illectronisme sont des réalités face auxquelles seul un travail de médiation et de proximité peut se dresser … et ce travail de proximité, il se passe à l’échelle locale !

Alors, mesdames et messieurs les candidats, on revoit sa copie, son programme, on se dote d’une stratégie numérique locale ?

Journée ARADEL sur les tiers-lieux

Journée ARADEL sur les tiers-lieux au Lab01

ARADEL, l’association des développeurs économiques de Rhône Alpes, organisait mardi 27 février une demi-journée d’échange sur la problématique « Quels tiers-lieux pour accompagner ma stratégie de développement économique ? ». Ocalia animait cette session de réflexion et de partage des pratiques, qui s’est déroulée au Lab01 à Ambérieu-en-Bugey.

Après la présentation d’un panel de tiers-lieux (coworkings, ateliers partagés, fablab, living lab), les participants étaient invités à présenter les problématiques de développement prégnantes de leur territoire, et le projet de tiers-lieu(x) envisagé ou en cours.L’objectif était d’identifié les enjeux de développement auxquels les tiers-lieux peuvent apporter une réponse, ainsi que les facteurs clés de succès pour la mise en place d’une offre de tiers-lieu pertinente pour chaque cas.

Les principaux enseignements transversaux qui ressortent des échanges sont les suivants :

  • La communauté est centrale dans les tiers-lieux : le principal intérêt que voient les utilisateurs à fréquenter ces espaces est de rencontrer d’autres personnes aux profils complémentaires des leurs. On constate un effet de seuil en-dessous duquel il n’est pas intéressant de fréquenter un tiers-lieu, justement parce que la communauté est insuffisante.
  • De ce fait, il est primordial dans les réflexions sur l’implantation d’un tiers-lieu de réaliser un état des lieux de l’existant et d’en tenir compte (il est contre-productif de créer 2 tiers-lieux trop proches géographiquement – en général, la zone de chalandise est d’environ 10/15min autour de chaque lieu)
  • Les tiers-lieux se voient souvent assigner des missions de service publics : dans ce cas, il faut accepter que leur évaluation ne se fasse pas sur des critères de rentabilité uniquement, et envisager d’évaluer globalement l’impact qu’ils ont sur les territoires (ex : le pays de Murat et la Cocotte numérique).
Evaluation de la politique d'accueil de télétravailleurs et coworkers au Pays de Murat

Evaluation de la politique d’accueil de télétravailleurs et coworkers au Pays de Murat

  • Une des clés pour assurer la pérennité financière des tiers-lieux (notamment en milieu rural) est la mutualisation des fonctions, afin que le tiers-lieu procèdent d’un redéploiement des ressources disponibles à budget constant, et puissent capitaliser sur les réseaux/ dynamiques déjà existants sur le territoire

La Cordée Morez est ainsi opérée par Cité Haut Jura, une association d’accompagnement au développement économique. Celle-ci était hébergée dans d’autres locaux. Son emménagement dans le coworking garantit une présence permanente (pour l’effet de seuil précédemment cité), et les compétences de l’équipe en développement entrepreneurial sont cohérentes avec les besoins des utilisateurs potentiels.

L’@telier du Pilat Rhodanien de son côté est un espace de coworking au sein d’une maison de services au public : il bénéficie ainsi de l’accueil mutualisé, et les permanences des différents organismes contribuent à l’animation du lieu. Elles viennent s’ajouter au programme « boite à outil » de formations et d’échanges organisé pour le coworking, et accessible via un abonnement – 6€/mois (ex : formations aux  réseaux sociaux, information sur le statut de micro-enterprise, création d’un site internet etc.).

Cette piste de la mutualisation conduit également à s’interroger sur l’évolution des outils de soutien au développement économique : au lieu d’envisager les tiers-lieux comme un outil supplémentaire, ils pourraient être une nouvelle façon de soutenir la création et le développement d’activité, en répondant aux besoins grandissant de mutualisation et de réseau provoqué par l’atomisation du tissu économique (montée en puissance des indépendants, y compris dans les activités productives).

Cette réflexion sera peut-être intégrée à l’étude du CGET sur le coworking en milieu rural. Ocalia a en tous cas soutenu cette vision lors de son audition auprès des acteurs en charge de l’étude vendredi 9 mars.

 

Vous êtes plutôt café wifi, coworking ou coffice ?

Un endroit sympa pour travailler oui, mais lequel ? Chez Ocalia, on fait partie des travailleurs nomades : on a nos habitudes à wereso, mais Cérice est un ancien encordé, et il nous arrive de nous retrouver chez Now coworking. Pour varier, on fréquente aussi les cafés-wifi, ou encore les coffices (avec un paiement à l’heure, buffet et boissons comprises – ex : Anticafé). Nous sommes allés à la rencontre des personnes derrière les comptoirs de certains endroits qu’on fréquente sur Lyon…et des personnes assises à côté de nous !

Nous n’avons pas choisi ces lieux au hasard. Nous avons ciblé ceux qui proposent plusieurs « fonctions » afin d’explorer la cohabitation entre les différents publics : salle de réunion, jeux de société et soirées, restaurant, espace résident, auberge de jeunesse viennent s’ajouter au coffee shop de chacun ! Donc, pas de d’espaces de coworking dans cet article. Enfin, si : rendez-vous dans les 3 derniers paragraphes, pour voir comment les offres se complètent d’après le petit sondage mené auprès des personnes présentes dans les 5 lieux visités lundi 5 mars 2018.

Notre panel se compose donc :

  • Le Slack

    Le Slack

    Du Slack : à côté de la place des Jacobins, en plein cœur de la presqu’île, ce coffee shop a ouvert en septembre 2015. L’idée du fondateur était de transposer le coffee shop de Nouvelle Zélande à Lyon : un endroit pour rencontrer des gens qui connaissent la ville quand on y arrive, en tant que touriste ou nouvel habitant. Sur 50m², il propose de la petite restauration à base de produits frais

  • Du Patchwork : un café wifi qui a ouvert en octobre 2016 dans le 7° sur plus de 200m², entre les arrêts Sans Souci et Garibaldi. Il propose de la petite restauration à base de produits frais (livraison tous les matins !) et des jeux de société en libre-service. Ouvert tous les jours de 10h à 23h, il propose souvent des blind test et quizz le soir, ou se rend complice des bureaux des étudiants voisins ! Les murs sont souvent habillés d’expositions, acceptées du moment qu’elles sont colorées 😉
  • Du Sofffa St Catherine : là, il ne s’agit pas d’un café wifi, mais d’un coffice (ou slow café, le terme utilisé par l’établissement). Le principe est celui d’un paiement à l’heure, qui donne accès à un buffet avec boissons chaudes, fraiches, petits encas salés et sucrés. Il dispose aussi d’un espace résident, pour les abonnés mensuels (avec bureau attitré). Au total, le lieu est installé sur 300m². Les murs servent souvent à exposer des œuvres, et en soirée, deux prestataires se charge de la programmation (projection de films, vernissages etc.). Il est également possible de le privatiser. Un autre Sofffa a ouvert à la Guillotière, tout proche de la piscine du Rhône et de l’Université (280m², avec le même fonctionnement et un espace résident également).
  • D’Away hostel : il s’agit d’une auberge de jeunesse qui a décidé d’ouvrir la salle de petit déjeuner à tous avec son offre de coffee shop (avec une tarification pour les clients de l’auberge moins chère) pour favoriser la rencontre entre les personnes de passage (qui loue des chambres) et les habitants du quartier. Il dispose aussi d’une salle de réunion/ espace de coworking…vide lors de notre passage ! Il semblerait que la salle commune ait plus de succès, la salle de réunion étant isolée. A noter que le concept est complété par un bar à cocktail en-dessous dudit coffee shop. Il s’agit de leur 2° établissement : le Slo, à la Guillotière, l’a précédé.
  • D’un siège à l’autre : il s’agit d’un petit café dans le 6° (30m²), à un jet de pierre des Brotteaux et de la Part-Dieu. Ici, pas de cuisine sur place, mais de délicieuses pâtisseries de chez Anaïs cookies et piece of cake, et une salle en location pour vos réunions d’affaire ou vos évènements (ex : dégustation et vente de vin) : 30m², équipée d’un rétroprojecteur, avec la possibilité d’aménager un coin cosy avec poufs et fat boy pour les séances créatives !

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Quatre d’entre eux font expressément la promotion de la fonction « espace de travail » sur leur site internet : un endroit pour travailler chez D’un siège à l’autre, café working pour le Patchwork, coworking au Sofffa, un espace de travail pour le Slack. Mais les clients y viennent pour des raisons variées.

  • Les utilisateurs : petite analyse de sondage

Beaucoup d’utilisateurs des cafés-wifi étaient là pour déguster une boisson ou un encas, et certains se sont laissés distraire de leur travail par les jeux de société du Patchwork. Au Sofffa en revanche, tout le monde était là pour travailler (mais d’autres jours à l’heure du goûter, on y a déjà vu des amateurs de thé et de canapé vintage).

Patchwork - la mezzanine

Patchwork – la mezzanine

Pour ceux qui viennent travailler, ils cherchent à sortir du cadre habituel, qui peut être le domicile, la bibliothèque, un autre café-wifi. On a rencontré beaucoup d’étudiants (notamment au Patchwork, mais aussi au Sofffa Ste Catherine et au Slack), des indépendants ou créateurs d’entreprises, et 2 télétravailleurs aussi ! Des allemandes, américains et une italienne ont été repérés à Away hostel et au Slack : la fonction auberge de jeunesse du premier et la proximité d’une école d’apprentissage de la langue française pour le second expliquent ces rencontres.

En général, les « travailleurs » restent ½ journée (cafés wifi ou coffice), le temps de prendre un ou 2 cafés (et parfois une pâtisserie !). Ils sont plusieurs à spontanément mentionner qu’en cas d’affluence, ils ferment leur ordinateur pour aller ailleurs, afin de ne pas déranger (et être dérangé !). D’ailleurs, certains au Sofffa privilégie ce lieu pour cette raison : pas de sentiment de culpabilité ni besoin de consommer, tout est compris dans le forfait. La cohabitation entre clients « détente » et clients « travailleurs » se passe donc bien : à quelques exceptions prêt, les travailleurs n’abusent pas en évitant de venir sur les horaires de repas ou le soir. Cette observation implique donc que dans les lieux proposant de la restauration, les clients qui viennent manger et ceux qui viennent travailler ne sont pas les mêmes ! Proposer du wifi et une ambiance de travail peut donc permettre d’élargir sa clientèle.

Il n’en demeure pas moins que les « travailleurs » sont de « petits » clients pour les cafés wifi : leur consommation sont faibles pour un temps d’occupation des tables important. Mais le fair-play dont ils font preuve en fait aussi une clientèle sympathique : ils « jouent le jeu » selon les personnes qui tiennent les cafés. Par ailleurs, les travailleurs sont parfois des prescripteurs : venus travailler en semaine, ils reviennent avec 3 amis le dimanche pour le brunch. Et là, c’est une opération gagnante pour l’établissement.

Reste que tout lieu ne peut à priori pas devenir un espace de travail : les bars avoisinants ceux cités dans cet article ne voient pas fleurir d’ordinateurs portables sur leurs tables. Alors, on a cherché à savoir pourquoi les personnes présentes venaient (et revenaient) dans ces espaces.  Il y a les impondérables (et implicites) :

  • Une connexion wifi (qui ne plante pas s’il vous plait…)
  • Des boissons chaudes (avec des tableaux explicatifs, coffee shop oblige : c’est tout un art, le café !)
  • Des encas de qualité, locaux, éthiques et écolo si possible (avec un partenariat avec too good to go pour D’un siège à l’autre dans la même logique)
  • De quoi s’assoir et poser son ordinateur (et le brancher !)

Vous me direz : pourquoi avoir mis l’évidence (des tables et des chaises) en dernier ? Parce que le mobilier, ça fait toute l’ambiance des lieux. Et quand on demande aux personnes présentes « pourquoi venir ici plutôt qu’ailleurs ? », l’ambiance est ex-aequo avec la localisation (j’habite à côté).

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Les mots et expressions qui reviennent souvent pour décrire ce critère pour le choix des établissements sont « comme à la maison », « cosy », « sympa ». Les tendances observées qui expliquent ce sentiment sont notamment :

  • Un mix entre chaises et fauteuils ou canapés, pour s’adapter à toutes les envies et s’installer confortablement
  • Des décorations inspirées : épurée, et scandinave à Away hostel et d’un siège à l’autre, cosy et bohème, avec des murs ou des meubles colorés au Sofffa, Patchwork et Slack.
  • La musique a aussi son importance : des artistes peu communs, avec des tempos et un niveau sonore compatibles avec une activité professionnelle. Monter le son en fin de journée est la technique utilisée au Patchwork pour indiquer la fin de la journée de travail et l’heure de la bière !

A noter qu’au Sofffa, les meubles viennent de chez Emmaüs : une tournée régionale des magasins avec 2 camions, l’œil de la décoratrice et co-fondatrice et tadam !

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Une autre question qu’on a posé aux personnes travaillant dans les 5 lieux est celle du choix du café-wifi/ coffice par rapport à un coworking, notamment pour ceux qui viennent régulièrement. Si les utilisateurs du Sofffa connaissent les espaces de coworking, c’est beaucoup moins le cas dans les cafés-wifi. Et pour ceux qui ont choisi le café-wifi, ils ne fréquentent pas les espaces de coworking ou coffice à cause du prix. La flexibilité est également évoquée : ainsi, bien que l’utilisation nomade des espaces de coworking soit possible, ils sont perçus et connus pour leurs offres « résidentes » (abonnement mensuel). Ce qui, pour des indépendant dont l’activité fluctue, n’est pas adapté.

Un article de deskmag porte sur de nouveaux entrants sur le marché des espaces de travail partagés, qui cherchent à réunir les concepts de café-wifi et coworking. Le principe ? un forfait (mensuel pour la plupart, journalier pour certaines plateformes) qui donne accès à différents lieux affiliés (hôtels, cafés), du café et du thé à volonté, du wifi haut débit et des salles de réunion. Il s’agit donc « d’officialiser » la fonction d’espace de travail pour des lieux qui n’en sont pas. Certains lieux qui ne sont pas encore ouverts à cette clientèle pourraient l’envisager s’ils sont rémunérés de cette façon. Mais pas sûr que les utilisateurs des cafés-wifi, pour qui le prix est un vrai critère, soient séduits en-dehors des grandes villes pour l’instant concernées (New-York, San Fransisco, Londres, Boston, Amsterdam, …). La cible semble donc plutôt être les utilisateurs de coworkings, avec comme but d’offrir un abonnement défiant les prix de ce marché (environ 100€/mois, contre près du triple en espace de coworking). Mais comme le souligne deskmag, la communauté à laquelle on accède dans un espace de coworking est ici délaissée au profit d’une approche d’optimisation de l’utilisation de l’espace libre en ville et de prix.

Avec la plateforme Gowo (développée dans le cadre du projet INTERREG France-Suisse GE-Network – en cours de test), le parti pris est différent : l’objectif est d’inciter les lieux qui ont déjà du personnel posté pour l’accueil (cafés, hôtels etc.), d’accueillir les travailleurs en proposant une connexion wifi et en promouvant cette fonction via la plateforme, dans un format libre, mais à priori plutôt café wifi. Cela devrait leur permettre d’élargir leur clientèle, et pour les utilisateurs, de bénéficier d’un réseau maillé d’espaces pour travailler (à côté de chez eux, entre deux rendez-vous professionnels, à côté de l’école des enfants…). Vu les résultats de notre petit sondage, ces utilisateurs pourraient être de « nouveaux » nomades : étant donné que les utilisateurs des cafés wifi connaissent assez peu les coworkings, l’ouverture de nouveaux lieux devrait étendre la communauté des « flex jobeurs ». Par ailleurs, Gowo offre des fonctions de réseau social qui viennent palier l’absence d’animation spécifique dans les cafés wifi : en utilisant cette solution, les utilisateurs ont l’opportunité d’entrer en contact avec l’ensemble des flex jobeurs du territoire, et de savoir où il se trouvent (fonction de géolocalisation – laissée à l’appréciation de chacun) pour les rencontrer autour d’un café si besoin.

Et vous, où aimez-vous travailler, et pourquoi y (re)venez-vous ?

Un incubateur industriel pour la côtière

La CC de Miribel et du Plateau avait fait appel à l’expertise d’Ocalia sur les tiers-lieux en 2016, pour évaluer l’opportunité de mettre en place un espace de coworking et un fablab sur le territoire. Il est rapidement apparu qu’un coworking répondait aux préoccupations des entreprises du territoire, mais qu’il devrait outiller la mise en réseau et le partage de compétences, et donc dépasser le seul lieu de travail. Le lieu d’implantation envisagé se situe sur la ZAC en cours d’aménagement à Beynost, les Malettes.

Enquête CCMP

Plusieurs entreprises s’étaient également montrées sensibles à l’implantation d’un fablab. Par ailleurs, l’entreprise EFI automotive, implantée à proximité immédiate, dispose d’un service d’accélération dédié aux entreprises mécatroniques : Axandus. Cette particularité, ainsi que la densité d’entreprises industrielles, rend opportun l’aménagement d’un lieu équipé pour accompagner les entreprises dans leurs projets de fabrication innovante. Il s’agirait donc d’outiller la mise en réseau des compétences, en s’appuyant notamment sur les compétences industrielles du territoire, pour soutenir et diffuser l’innovation, dans une perspective d’usine 4.0.

L’étude conduite par Ocalia et Argo&Siloe en 2017 visait donc à définir les contours de ce lieu. Compte-tenu de l’ouverture récente de 2 coworkings sur le territoire (work&wall à Neyron et Tiers-mix à Dagneux), l’étude s’est rapidement orientée vers l’aménagement d’un fablab. Cependant, étant donné que le public cible est essentiellement professionnel, les partenaires du projet ont tenu à le distinguer d’un fablab « grand public ». Le lieu à créer proposerait du matériel et équipement permettant de prototyper des objets mécatroniques (conception et fabrication électroniques, fabrication additive plastique, usinage) et une offre d’accompagnement de projet. Cet accompagnement serait adapté au stade d’avancement des porteurs : incubation, accélération, accompagnement plus ponctuel…L’incubateur industriel offrirait ses services et mettrai à disposition de la communauté des utilisateurs les compétences pointues de ses partenaires, notamment industriels.

L’objectif serait d’attirer des start-up mécatroniques, et de favoriser les échanges autour de leurs projets concrets avec les entreprises locales, pour accélérer leur transition vers de nouveaux modes de production. Le lieu serait ainsi le support du renouvellement de l’industrie. Le lieu s’intégrerait dans un réseau d’accompagnement à l’innovation territorial, en complément de l’offre déjà existante. Les partenaires réunis autour du projet sont à ce jour : Axandus, le club des entrepreneurs de la côtière, l’association des industriels et artisans de la côtière, les deux coworkings, et la Communautés de Communes de Miribel et du plateau. Les compétences des personnes appartenant à ces structures devraient être mobilisées pour accompagner les projets. Le schéma ci-après résume la logique de ce réseau tel qu’envisagé à ce stade.

Réseau côtière

Une présentation de cette offre devrait être organisée sous peu, afin de discuter des mesures à prendre pour concrétiser le projet, et notamment concernant la mise à disposition des compétences nécessaires à l’émergence d’une offre d’incubation et d’accompagnement de projets de l’industrie 4.0. Les partenaires devront ensemble définir l’offre de services et les moyens à allouer à cet incubateur industriel, au regard également d’autres projets existants alentours (notamment le projet de cité de la plastronique à Oyonnax, ou de l’offre d’incubation existante sur la métropole lyonnaise).

Un living lab pour l’autonomie à Annecy

Le Centre Hospitalier Annecy Genevois (CHANGE) a retenu le groupement Alcimed-Ocalia pour mener à bien la création d’un living lab. Les pôles de gérontologie et de l’innovation sont en charge de ce projet, qui s’intègre au projet INTERREG France-Suisse Autonomie 2020.

Un living lab est un espace physique ou virtuel permettant de mettre en œuvre une « approche organisée de l’innovation consistant à expérimenter dans des conditions réelles et avec l’engagement actif des utilisateurs à travers des méthodes multipartenariales ». (Schuurman, 2015). Un living lab favorise et organise la rencontre entre différents acteurs pour développer des innovations centrées utilisateurs : les usagers/ bénéficiaires sont au cœur de la démarche.

Dans le cas du CHANGE, ces usagers et bénéficiaires seront les personnes en perte d’autonomie : les personnes âgées, mais aussi les personnes touchées par des maladies chroniques ou ayant été victimes d’AVC. L’objectif du living lab sera de développer des innovations (produits, services) pour améliorer l’autonomie de ces publics.

Extension CHANGE - SeynodLe living lab sera implanté physiquement dans les nouveaux locaux du CHANGE, qui ouvriront en 2019 à Seynod. Sur une surface de 400m², il comprendra un laboratoire d’analyse de la marche et de l’équilibre, un appartement témoin, des bureaux et la salle de réunion. Les lieux sont pensés pour pouvoir héberger les porteurs de projet (entreprises, start-up, chercheurs etc.), organiser des sessions de tests en environnement contrôlé et des séances de créativité et de co-création avec les usagers.

Le living lab pourra s’appuyer sur le réseau de partenaire et l’expertise du CHANGE. Avec ses partenaires, le CHANGE a en effet créé une plateforme de prévention des chutes (cf. vidéo ci-dessous) qui propose une prévention individuelle et collective organisée au niveau d’un large territoire : évaluation à domicile permettant de diagnostiquer les facteurs de risques de chute, ateliers d’équilibre (23 ateliers hebdomadaires, 390 bénéficiaires), sensibilisation du public et formation des professionnels au repérage des troubles de l’équilibre, de la marche et à la prévention des chutes. Ces ateliers ont permis de développer une approche interprofessionnelle et multidisciplinaire pour la prévention de la chute. En capitalisant sur cette expérience, l’objectif du living lab est d’innover en faveur de l’autonomie et du maintien à domicile, en décloisonnant les acteurs et en plaçant les bénéficiaires au cœur du processus d’innovation.

Ocalia et Alcimed ont animé en décembre un atelier de co-création de l’offre de ce futur living lab. Une vingtaine de personnes aux profils variés étaient rassemblées : entreprises, services à domicile, collectivités territoriales, établissements de formation. Les réflexions collectives se sont articulées autour de persona incarnant la diversité de l’écosystème qu’animera le living lab : senior, aidants, personnel médical, services d’aide à domicile, chercheurs, collectivités compétentes en santé et autonomie, entreprises.

Les participants se sont accordés sur l’importance d’une approche « bottom-up » : l’écueil à éviter est celui d’un living lab dont le rôle se limiterait à fournir des cohortes de testeurs. Identifier les besoins des bénéficiaires finaux pour orienter les innovations dès le stade de l’idée est donc primordial. S’agissant de personnes en perte d’autonomie, un système au plus près du terrain est nécessaire. Ainsi, le site central du living lab ne devra pas être exclusif : des sessions de co-création et d’idéation devront être déployées largement sur le territoire. Les ateliers de prévention de chute pourraient faire partie du living lab, en tant qu’antennes locales, au plus près des usagers. Chaque atelier pourrait ainsi permettre de faire remonter les besoins de manière régulière.

Les pistes de réflexions identifiées lors de cette première rencontre seront retravaillées en 2018, pour aboutir à un projet opérationnel dès l’ouverture du lieu, en 2019.

 

Les ressources humaines des fablabs

 Nicolas Bard, cofondateur d'Ici Montreuil, lors du meetup Edfab 2017

Nicolas Bard, cofondateur d’Ici Montreuil

Lors du meetup EdFab du 31 janvier 2017, Nicolas Bard, cofondateur d’ici Montreuil a proposé une définition du fablab en tant que « structure et équipe dont le rôle principal est d’accompagner ses usagers pour la conception, le prototypage, la fabrication de leur projet. ». Partant de cette définition, il affirme que « La ressource principale d’un fablab, ce n’est pas les machines, ce n’est pas le lieu, c’est les personnes qui sont dedans. ».

Cet article reviendra donc sur les ressources humaines des fablabs : quelles sont-elles, quelles évolutions peut-on observer, quels sont les métiers de demain dans ces tiers-lieux ? Pour répondre à ces questions, nous nous appuierons à la fois sur les tiers-lieux visités par les fabbikers, sur des sondages menés par Makery auprès des personnes travaillant au sein des fablabs (2014 et 2017), sur une étude conduite par la direction générale des entreprises (DGE) du ministère de l’économie français (2014) et sur les conclusions d’un workshop dédié à la question des ressources humaines au sein des lieux d’innovation centrés utilisateurs animé par Ocalia le 7 février dernier au Lab01 (Ambérieu-en-Bugey) pour le compte d’Auvergne-Rhône-Alpes Entreprises ARDI (ex ARDI) .

  • La montée du salariat au sein des fablabs

On constate que la proportion de salariés au sein des équipes a augmenté. Ainsi, selon l’étude de la DGE de 2014, 42% des fablabs n’avaient pas de salarié (chiffre confirmé par l’étude Makery de la même année qui indiquait que 50% des répondants au sondage n’étaient pas salariés). Lors du dernier sondage de Makery (53 répondants en France, 20 à l’étranger), 75% des répondants étaient salariés. Parmi les sondés à l’étranger, ce pourcentage n’est cependant que de 45%.

Parmi les tiers-lieux visités par les fabbikers, les équipes sont principalement salariées : 55% fonctionnent sans bénévoles. Dans ce panel, on note par ailleurs qu’il n’y a qu’un exemple d’équipe « mixte », incluant à la fois un salarié et des bénévoles (le bricolab, cf l’article sur les fablabs professionnels). Dans les modèles sans salariés, la tendance est à la co-gestion: on compte ainsi 2 membres de l’équipe pour 10 utilisateurs, contre 3 pour 100 utilisateurs dans le cas d’équipes salariées.

  • Des profils qui restent hétérogènes

Malgré ces signes évidents de professionnalisation, les profils dans les équipes des fablabs demeurent très hétérogènes. Leurs formations initiales et leurs expériences passées sont très variables, même si certains domaines sont plus représentés que d’autres. Les secteurs qui ressortent le plus dans les sondages de Makery sont l’informatique, le design, l’industrie, les activités artistiques et l’industrie.

Compétences des personnes travaillant dans un fablab, Makery, 2017

Compétences des personnes travaillant dans un fablab, Makery, 2017

Dans les tiers-lieux visités par les fabbikers en Europe, les étudiants et professeurs en design ou architecture sont un profil récurrent, du fait de la présence dans l’échantillon de plusieurs tiers-lieux « universitaires ». Les profils récurrents sont ceux d’électronicien, de mécanicien, de biochimiste (pour les lieux comprenant une activité de biohacking/ un wetlab/ biolab), d’artiste (en appui, c’est-à-dire au sein d’un réseau de compétences mobilisables ou en tant qu’intervenant occasionnels dans le cadre d’une résidence) et de chargé de communication/ de relations publiques.

  • Un développement des fonctions de facilitateur, médiateur ou animateur de communauté

Cette hétérogénéité de profils s’explique d’une part par la jeunesse des fablabs, structures encore récentes ne disposant pas de cursus de formation institutionnalisés : les formations sont ainsi souvent courtes et pas ou peu diplômantes. Parmi celles-ci, citons les diplômes universitaires de l’université de Cergy-Pontoise (Initiation à la fabrication additive, Métier facilitateur, Créer et implanter un nouveau fablab sur son territoire), les modules de la fabacademy, ou encore la formation de 16 jours pour les facilitateurs de tiers-lieux de la Coopérative des tiers-lieux d’Aquitaine.

RH fablabs - grande école du numériqueL’Etat a par ailleurs mis en place le label Grande école du numérique pour reconnaitre les formations destinées à l’insertion professionnelle des publics prioritaires qui visent à répondre aux besoins des entreprises en termes de compétences numériques. Parmi ces formations figurent celle d’entrepreneur maker d’Ici Montreuil, qui sera répliquée à Marseille (d’ici à septembre 2017) et Bordeaux (d’ici la fin 2017). Plusieurs autres formations de fabmanager ou forgeur numérique ont obtenu ce label.

La nouveauté dans le spectre des formations est l’importance croissante donnée à la fonction de facilitateur. Cette évolution s’observe également dans les intitulés des postes des personnes travaillant dans les fablabs. En 2017, les sondés par Makery sont ainsi à 8,6% des responsables de communauté, à 6,9% des facilitateurs, à 4,3% des médiateurs, et à 3,4% des concierges. Alors qu’en 2014, aucun ne se déclarait médiateur.

Ce rôle de facilitateur demande des compétences proches de celles d’un community manager : l’objectif est d’identifier les compétences de la communauté et du réseau pour pouvoir les mobiliser, et ainsi favoriser la construction de projets collectifs ou accompagner les projets des utilisateurs. La citation de Nicolas Bard du début de cet article mérite à ce titre d’être complétée :RH fablabs - citation N. Bard

  • La mise en commun des compétences comme solution à la précarité des fablabs

En tant que jeunes structures, les fablabs sont aujourd’hui en recherche d’un modèle économique. Lors d’un atelier animé le 7 février 2017 par Ocalia pour le compte d’Auvergne-Rhône-Alpes Entreprises (ex ARDI) auprès des lieux d’innovation par les usages de Rhône Alpes, un consensus a émergé des échanges sur la précarité des équipes des fablabs. Les structures se professionnalisent et les équipes deviennent salariées, mais sans que les ressources financières permettent de couvrir l’ensemble des besoins. Le changement de statut implique par ailleurs plus de tâches de gestion.

RH fablabs - mouton à 5 pattesRH fablabs - couteau suisseLes fabmanagers sont souvent décrits comme des couteaux suisses ou des « moutons à 5 pattes ». Ces profils atypiques sont nécessaires étant donné le spectre étendu des tâches qu’ils doivent remplir et des faibles ressources dont disposent leur structure : accueil des publics, accompagnement des projets, entretien du parc machine, gestion administrative et financière, formation, prototypage pour des entreprises… Avec des équipes dont la taille moyenne est de 1,3 ETP (DGE, 2014), les personnes sont surinvesties, avec des tensions fortes entre vie privée et professionnelle qui rendent peu viables ce fonctionnement à long terme. Par ailleurs, cela pose la question de la capacité à dégager du temps pour se former sur de nouvelles compétences dans un environnement très changeant. Il est donc nécessaire de trouver des moyens complémentaires pour rendre leur action soutenable.

Plutôt que de chercher à intégrer toutes les compétences requises pour accompagner les projets au sein de l’équipe, la mobilisation plus systématique et désintermédiée des ressources de la communauté des fablabs et du réseau territorial local est une piste de solution. La montée en puissance du rôle de « facilitateur » est peut-être un signe de cette évolution souhaitable : au lieu de chercher des solutions auprès de l’équipe salariée, les utilisateurs sont encouragés à se tourner les uns vers les autres. Les fablab sont en effet des lieux partagés, où les savoir-faire de chacun doivent pouvoir être mobilisés pour avancer plus facilement, plus pertinemment et plus efficacement sur les projets.

Cette mobilisation peut passer par des outils, du type réseau social professionnel sur le modèle de celui développé par le coworking de la Cordée. Documenter les projets et les personnes qui travaillent dessus, à l’instar de la Waag society (cf. notre article sur les lieux totem), est une autre pratique qui facilite la circulation des compétences.

Sur les tâches de support (administratif, entretien courant, ressources humaines, assurances etc.), le fait d’être intégré dans une structure plus importante peut être une solution : un hébergement au sein d’une entreprise comme pour le fablab de Berlin ou le bricolab (cf. articles sur les lieux totem et les fablabs professionnels), peut être avantageux.

L’intégration au sein d’un réseau territorial de compétences est également une clé de succès, qui permet d’alléger les compétences à avoir en interne au sein de l’équipe du fablab. Les fablabs universitaires qui développent des relations avec les enseignants chercheurs, les incubateurs etc., comme Imagine & Make et le fabricarium à Lille (cf. article sur les fablabs universitaires), l’ont bien compris.

Demain, on peut même imaginer qu’à l’instar de la location de voiture ou d’appartement entre pair, les parcs machines des entreprises du territoire viennent grossir les moyens techniques du fablab dans investissement complémentaire.

  • Augmenter les ressources des fablabs, comment, pourquoi ?

L’autre solution pour faire face au sous-effectif chronique des fablabs est l’augmentation de leurs ressources. Cette croissance peut venir soit de services plus rentables, soit d’un recours aux ressources publiques.

Les services les plus rentables sont ceux où l’intensité en ressources humaines est la moindre. Il s’agit par exemple du coworking, de la privatisation d’espaces, de la location des machines, des e-shop. Ils nécessitent cependant de trouver un marché, notamment auprès des entreprises locales. Or l’intérêt des entreprises pour ce type de services reste encore relativement faible et nécessite donc des démarches spécifiques : il n’existe pas de demande « spontanée ». Les témoignages d’entreprises ayant fait appel avec succès aux services de fablabs peuvent être une piste pour incarner les apports de ces structures à leur développement.

Le recours aux ressources publiques peut s’envisager sous réserve de démontrer aux acteurs publics les impacts territoriaux de ces différents lieux : relocalisation de l’économie, accueil de nouvelles populations, stimulation de entrepreneuriat local, marketing territorial, etc. Cela nécessite cependant la définition d’indicateurs qui dépassent l’analyse du compte d’exploitation et de la fréquentation du lieu pour aller vers d’autres indicateurs mesurant les impacts indirects et induits de ces lieux sur le développement territorial (emploi, projets collectifs, création d’entreprises, attraction de nouvelles entreprises et populations, …). A l’instar de ce qui avait été fait par Ocalia dans le cadre de la politique d’accueil des télétravailleurs du Pays de Murat, des études d’impact pourraient être menés pour mieux comprendre les retombées de ces lieux.

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Fabbike #5 : les fablabs totem

totemDans le dernier article, consacré aux fablabs professionnels, on a abordé la question des fablabs « lieux totems ». Cet article revient plus précisément sur cette catégorie. Ces lieux marquent leur environnement, et ont une renommée qui dépasse l’échelle locale. Ils jouent le rôle de porte-étendard sur la thématique visée, se positionnent comme des lieux carrefour rassemblant les différentes composantes de la filière et affichent souvent des ambitions en terme de marketing territorial. Sur son site internet, la Waag society indique d’ailleurs qu’elle cherche à « promouvoir la position d’Amsterdam en tant que centre international pour l’information, la communication et les médias ». Outre la Waag, on s’intéressera aujourd’hui au fablab Berlin, pour voir à quoi tient cette renommée et comment elle s’exprime.

5 - carte totem

Tout d’abord, le lieu : dans les deux cas, les fablabs sont implantés dans les centres-villes de capitales européennes réputées pour leur créativité et leur caractère subversif. La Waag society est par ailleurs installée dans un lieu emblématique au cœur du centre-ville, et en a d’ailleurs fait son logo. Il s’agissait initialement d’une des portes de la ville, fortifiée pour protéger le quartier, puis transformée en salle de poids public : l’ensemble des marchandises vendues devant être pesées au moyen-âge, les opérations se déroulant dans l’enceinte de la Waag. De par son architecture, ce bâtiment est un point de repère naturel au sein de la ville. Cette fonction de marqueur est renforcée par l’ouverture de la Waag grâce au café et restaurant « In de Waag », au rez-de-chaussée.

La renommée de la Waag s’exprime notamment à travers le nombre très important de projets cofinancés par l’Union Européenne, et notamment le programme Horizon 2020 pour la recherche et l’innovation. La participation à ces projets permet à la Waag de s’inscrire dans des réseaux et des partenariats avec d’autres structures européennes, ce qui contribue à sa visibilité. La gamme étendue de sous-communautés drainées par la Waag est un des facteurs explicatifs de cette inscription dans des projets européens. En effet, la Waag society dispose de sept « départements de recherche » : creative care lab, future internet lab, open design lab, open wetlab, creative learning lab, future heritage lab et smart citizen lab. Les deux derniers ont clairement pour but de repenser les relations entre citoyens/ habitants et leur ville. Dans la galerie de présentation des projets de la Waag, on trouve ainsi aussi bien le fair phone, un smartphone entièrement DIY et open source, que des projets comme Clarity. Clarity est un projet cofinancé par H2020, qui vise à faire un état des lieux des besoins des citoyens européens en matière d’e-Government, et d’imaginer de nouvelles solutions pour y répondre. La question des données personnelles, de leur utilisation et réutilisation dans un cadre collectif ou à visée sociale est au cœur de beaucoup de projets, notamment ceux dans lesquels le future internet lab est impliqué. Tous les projets de la Waag ne sont pas cofinancés ; en revanche, ils sont répertoriés de manière à les retrouver selon les labs concernés et les personnes impliquées. Ce système facilite les échanges et transferts au sein de la Waag, donnant corps à sa communauté.

La salle principale du fablab Berlin

La salle principale du fablab Berlin

La renommée du fablab Berlin, quant à elle, peut se mesurer à la croissance exponentielle de sa communauté : créé il y a seulement 3 ans, par 3 personnes, elle compte aujourd’hui 750 abonnés dont 250 « réguliers », et une équipe de 23 personnes. Les surfaces du fablab ont évolué en même temps, pour passer de 20m² à 640m² actuellement, avec un déménagement prévu cette année vers des locaux de 1200m² ! Le modèle de fablab Berlin est très différent de celui de la Waag. En effet, il est beaucoup plus tourné vers les projets professionnels, à l’instar des trois fablabs dont il était question dans le dernier article.

Son partenariat avec l’entreprise Ottobock, dans les locaux de laquelle il est actuellement installé, fabricant de prothèses et appareillages orthopédiques, lui permet d’équilibrer son budget plus facilement. En retour, l’entreprise bénéficie d’une vitrine, et peut disposer des machines et espaces du fablab pour ses activités de R&D, des ateliers, séminaires pour former ses collaborateurs… Dans certains secteurs, notamment le médical, la fabrication additive représente en effet d’importants gains en temps, en qualité et efficacité par rapport aux autres processus de production. Plusieurs autres entreprises ont offert leur soutien au fablab. Toutefois, il ne s’adresse pas seulement à ce segment des entreprises mais aussi à celui des makers : il est en effet charté MIT, et organise des rencontres hebdomadaires entre membres de la communauté pour permettre de croiser les compétences : il est un des exemples de fablab s’adressant à deux types de publics avec succès au contraire de la plupart des autres fablabs analysés dans nos précédents articles.

L’utilisation du logiciel easyfab est un autre facteur permettant de limiter les coûts de fonctionnement du fablab : ce logiciel permet d’activer les machines à distance dans le fablab, avec une identification attribuée à chaque utilisateur. De cette manière, l’équipe dispose de plus de temps pour animer la communauté. Le logiciel est en cours d’amélioration pour permettre le paiement en ligne, afin de faciliter encore la gestion du lieu.

Le réseau que ces deux fablab ont réussi à tisser avec les acteurs locaux et européens est une des caractéristiques qui les rassemble. Il faut cependant souligner qu’ils sont installés dans un « terreau » très favorable. Ainsi, on dénombre au moins 3 makerspaces sur Berlin, avec la Betahaus (coworking ouvert en 2009) et la C-base (maker space construit sur le mythe d’une station spatiale sous Berlin). Amsterdam fait quant à elle partie des villes fondatrices du réseau des fabcity, dont l’objectif est de relocaliser la production (de biens, de services et agricole) d’ici à 2054, tout en étant connectées entre elles, en appuyant les initiatives DIY notamment. Les fablabs ont dans ce contexte un rôle phare à jouer.

5 - Waag

Le bâtiment de la Waag – (c) Maker tour

Amsterdam s’appuie donc sur la communauté de la Waag pour construire une politique ambitieuse et une image internationale différenciante. C’est cette même logique qui sous-tend les initiatives de la french tech, qui cherchent à identifier des lieux totem, à même de rassembler des acteurs de l’économie numérique et d’autres secteurs, notamment les « créatifs ». Ocalia a ainsi accompagné la transformation du tiers-lieu de création, production et d’innovation artistique et numérique Blida, implanté à Metz. L’objectif à terme est de disposer d’un site mixte, mêlant espaces de loisirs et de commerce (mur d’escalade, restaurants…), immobilier d’entreprise, espace de coworking, locaux d’activité et artistiques. L’ambition est également de concentrer des services d’accompagnement et de financement des projets de développement économique d’entreprise, afin de fonder un « guichet unique » du territoire, inscrit dans un réseau d’acteurs territorial aux compétences complémentaires.

Ces expériences amènent à considérer l’intervention des pouvoirs publics dans les tiers-lieux à l’aulne de la contribution globale de ces lieux au développement des territoires. En effet, il est possible, à l’instar du fablab Berlin, d’équilibrer les budgets en mixant les usages et les publics. Toutefois, la véritable plus-value des tiers-lieux se mesure en intégrant les retombées indirectes sur le tissu social et économique local, et en termes de renommée.

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Fabbike #4 : les fablabs professionnels

4 - logo professionnelsLe dernier article était consacré aux fablabs universitaires, qui, s’ils sont centrés sur la communauté universitaire (étudiants et personnel de l’université) sont pour certains ouverts aux entreprises. Les fablabs professionnels sont également des lieux de rencontre entre entreprises et monde universitaire. Parmi les fablabs visités par les fabbikers, trois ont été mis en place par et/ou pour des entreprises.

4 - carte professionnels

  • Des lieux de rencontre

Le Bricolab est aujourd’hui avant tout considéré comme un outil pour améliorer les relations sociales au sein de l’entreprise, à l’image de la conception du bâtiment TerrAdeo (qui comprend de nombreux espaces conviviaux). Sont ainsi organisés les caféIn, des temps d’échanges libres avec la direction.

Plus largement, le Bricolab ouvre ses portes aux entreprises et étudiants, et organise leur rencontre. Par exemple, le « 54h chrono » vise, sur 3 jours, à outiller le passage de l’idée au projet sur le thème de l’habitat et du cadre de vie, avec pitch et ateliers de formation. Le fablab de Budapest, s’il attire des entreprises (qui peuvent privatiser l’espace si besoin), est également fréquenté par des étudiants. Le Kreatorlab a également mis en place des ateliers hebdomadaires pour les enfants (9 ans et plus).

  • Des outils pour la mise au point de produits

Le Kreator lab est une émanation de l’IRNAS, un institut pour le développement des systèmes appliqués. L’IRNAS a été financé par une fondation pour l’innovation ouverte : l’ensemble de ses produits sont en open source, et les plans sont téléchargeables depuis leur site internet. Dans ce contexte, le kreator lab est conçu comme un outil pour développer de nouveaux produits de manière ouverte et libre, ainsi que comme un lieu de transfert de connaissances. L’IRNAS a ainsi inventé grâce aux installations du kreatorlab plusieurs machines dans le but de créer des micro-industries de production de hardware open source pour 10k€. Les plans de ces machines sont téléchargeables, et l’IRNAS propose des kits pour le montage.

Fablab entreprise Adeo

Le Brico lab

Le Bricolab est quant à lui implanté dans les locaux du siège social d’Adeo, la société parapluie de Leroy Merlin. Ce siège social, TerrAdeo, a été conçu comme un « campus », lieu de formation des collaborateurs, mais aussi des artisans partenaires (en collaboration avec les apprentis d’Auteuil), des clients ou des futures recrues. Dans cette perspective, le bricolab a d’abord été pensé comme un lieu permettant la co-création des produits liés à l’habitat durable. Cependant, le bricolab a été réorienté, l’idée de départ n’ayant pas donné de résultats satisfaisants (en libre-service, les machines étaient souvent détériorées). Aujourd’hui, il est ouvert sur la pause déjeuné pour les employés, et peut être loué à la demi-journée par des organismes extérieurs (notamment les entreprises). Cinq projets développés au sein du bricolab ont obtenus par la suite le soutien financier de la direction de l’entreprise pour leur développement. Des kits pour favoriser la culture intraprenariale sont également en cours d’élaboration sur le dépôt de brevet ; le prototypage, le business plan etc.

Open space du fablab Budapest dans l'aile principale

Open space du fablab Budapest dans l’aile principale

Dans ces deux exemples, l’objectif est donc de renforcer la créativité des équipes de l’IRNAS et d’Adeo en s’appuyant sur un lieu d’innovation ouvert et échappant aux règles et processus encadrés de l’entreprise. Au contraire, la fablab de Budapest « vend » la créativité de son équipe et sa maitrise du parc machine pour des entreprises extérieures, notamment les grands groupes (ex : Siemens).

Dans le cas du fablab de Budapest comme dans celui du Kreatorlab, l’approche par projet prend clairement le pas sur une approche par fonctions du fablab : les financements par exemple sont obtenus auprès d’organismes extérieurs (la fondation pour le kreatorlab et les entreprises clientes pour le fablab de Budapest) pour des projets précis.

  • Les fablabs professionnels, un nouveau modèle d’usine ?

Chacun de ces trois fablabs représente une évolution de l’industrie. Le Bricolab représente une évolution des relations entre salariés et entreprise, avec une recherche de plus grande horizontalité, et une évolution des fonctions au sein de l’entreprise, avec la remise en cause – à la marge cependant –  de la division entre R&D, méthodes et production. Le SEBlab, implanté à Dardilly, est un autre exemple de lab proposant de remettre en cause la distinction entre les différentes fonctions du cycle de la créativité et de l’innovation, au sein du groupe Seb. Chaque branche de l’entreprise peut ainsi solliciter une session au lab, qui vise à créer une unité de temps, de lieu et d’action pour mieux mobiliser les ressources et compétences des collaborateurs et accélérer le passage de l’idée à l’innovation et à la phase de test.

Le Kreatorlab est quant à lui un exemple d’entreprise de production open source et coopérative, dont l’un des objets est la relocalisation de la production en inventant des machines permettant d’équiper à bas coût des ateliers de fabrication. Le fablab de Budapest de son côté propose une offre de prestation de prototypage d’un nouveau type, où client et fournisseur font momentanément partie d’une même équipe « de projet ».

La communauté de You factory (Villeurbanne) présentée sur leur site internet

La communauté de You factory (Villeurbanne) présentée sur leur site internet

En France, on peut citer les exemples de l’usine IO (Paris) ou de You factory (Lyon), qui vont dans le sens de ces évolutions de modèles du secteur industriel. Ce qui les distinguent notamment, c’est la qualité des équipements proposés, permettant un travail plus précis, ou à des échelles plus importantes. Mais leur plus-value par rapport à d’autres types de fablabs, c’est la mise en avant des profils de leurs membres : les projets qu’ils ont menés, leurs compétences. En plus de proposer un lieu équipé et une équipe pouvant accompagner les projets professionnels à la manière des incubateurs ou des accélérateurs (pitch, études techniques, ateliers de formation au marketing etc.), ils cherchent à faciliter et rendre naturels les partenariats entre membres aux compétences complémentaires. La mise en commun des moyens de production, que ce soit les machines ou les ressources humaines, permet à cette communauté de créer davantage de valeur ajoutée que dans le cas de structures isolées, avec des relations traditionnelles prestataire/ donneur d’ordre.

  • L’intraprenariat comme modèle de transition ?

L’entreprise en réseau est une tendance protéiforme, mais qui s’installe. Que ce soit par l’externalisation, les relations entre entreprises filles/ mère, l’accroissement des formes d’entreprises coopératives ou les plateformes d’emploi (uber, deliveroo), les relations entre salariés et entreprises et inter-entreprises évoluent rapidement. Dans le secteur industriel, cette évolution pourrait profiter aux pays de l’OCDE, afin de faire face à la désindustrialisation, en réponse à la demande de plus en plus forte de traçabilité des produits et de respect des standards environnementaux et sociaux.

Cependant, le modèle de l’usine coopérative ou collaborative se fera progressivement. La culture du « faire soi-même » et la propension à rompre avec la division fonctionnelle des tâches depuis la mise en place des chaines de production prendront du temps. Dans ce contexte, les entreprises peuvent faire évoluer le modèle en poussant les logiques intraprenariales. C’est l’une des logiques sous-jacentes au Bricolab. L’accélérateur Axandus, implanté à Beynost dans l’Ain, poursuit cette logique. Fondé par le groupe EFI Automotive, l’accélérateur peut faire bénéficier aux entreprises accompagnées de son réseau et de son savoir-faire.

La CC de Miribel, accompagnée par Ocalia, souhaite déployer une offre complémentaire à Axandus, en proposant notamment une offre immobilière adaptée pour ancrer les emplois générés grâce à la création d’activité d’Axandus sur le territoire. L’implantation d’un lieu totem, qui rayonnera au-delà du territoire, est un des axes retenus dans cette optique.  Les fablabs totem feront l’objet du dernier article de cette série !


Retour sur la matinée « Gouverner la ville autrement » organisée par le Monde à l’Hôtel de Ville de Lyon le 7 avril dernier

Organisée par Le Monde, cette journée était consacrée aux enjeux de démocratie à l’échelle des villes, et au rôle que peut jouer le numérique pour y répondre. Voici une synthèse des interventions des invités de la matinée, dont le programme est disponible en ligne.

  • Le diagnostic : les défis de la démocratie à l’échelle des villes

La démocratie à l’échelle des villes n’échappe pas à la tendance générale de défiance vis-à-vis des représentants politiques : pour preuve la baisse continue de la participation aux élections locales (bien que les taux de participation restent plus forts à cette échelle qu’aux autres échelles).

CEVIPOF, baromètre de la confiance politique

CEVIPOF, baromètre de la confiance politique

La démocratie implique par ailleurs qu’il y ait débat entre personnes n’ayant pas les mêmes opinions, les mêmes vécus, pour construire un avenir commun dans l’intérêt du plus grand nombre. On a vu par ailleurs, avec les mouvements Nuit Debout ou les Indignados, qu’il existe une volonté de se réapproprier l’espace public en même temps que la parole politique : l’espace physique et démocratique sont ainsi bel et bien liés.

Or les villes souffrent de ségrégation spatiale, et ne permettent plus, de par leurs formes urbaines, la rencontre nécessaire entre ces différents profils. Le manque d’espaces publics en milieu périurbain est un des exemples cités dans le cadre de cette journée de débats : les ronds-points ont remplacé les places publiques.

  • Les promesses des civic tech

Face à ces défis démocratiques, les civic tech apportent de potentielles solutions. Le match des start-ups organisé lors de cette journée donne à voir quelques exemples. Quatre étaient présentes pour présenter leur projet : Let’s co (qui a remporté le match), Open Source Politics, Civoracy, et Urbee.  Ces outils technologiques permettent de fonder et d’animer des communautés de citoyens pour co-construire les politiques publiques ou des projets d’intérêt collectif.

A Hambourg, les civic tech ont été mobilisées pour accueillir les 50 000 migrants arrivés récemment : en modélisant les bâtiments vacants, et à force de concertation, chaque quartier a pu préparer l’arrivée de ces personnes au mieux. Un article paru dans Le Monde du 7 avril relate cette expérience, qui a permis de modéliser la ville pour mieux gérer sa complexité.

  • Les limites de la technologie pour réenchanter la démocratie dans les villes

Cependant, chacun des intervenants, les startupers en première ligne, soulignent que les civic tech ne peuvent pas remplacer l’humain : ces solutions technologiques doivent donc être accompagnées par des dispositifs d’accompagnement « dans la vraie vie ».

En effet, le numérique ne « réenchante que ceux qui sont déjà réenchantés » : les utilisateurs de ces civic tech sont souvent les mêmes que ceux qui s’expriment déjà dans les instances de démocratie participative. Le même constat avait déjà était fait par un groupe de chercheur sur le mouvement politique issu des indignados, Podemos (H. Nez, Podemos, un parti de « non professionnels », dans Savoir/ agir n°32, juin 2015).

Le fait est que les civic tech appartiennent, comme le soulignait Cynthia Fleury lors de cette journée du Monde, au logos : il faut savoir manier le verbe pour y être audible et se sentir légitime à intervenir. L’enjeu est donc de valoriser également d’autres formes d’expression permettant de construire des lendemains qui chantent.

  • Des solutions qui ne fonctionnent qu’en complémentarité de présentiel

Les civic tech fonctionnent donc de pair avec des formes matérielles : leur mise en œuvre s’accompagne de médiation pour apprendre à les utiliser, et surtout les adapter aux usages et besoins des citoyens. Dans ces conditions, elles peuvent permettre de diversifier l’audience de la concertation et la désintermédiation de la décision politique.

Les fablabs, jardins partagés, ateliers animés avec des lego serious game… sont autant de lieux qui valorisent d’autres formes d’expression. Rassemblant des communautés hétérogènes, ils permettent de transmettre d’autres types de savoir et connaissance entre générations et milieux sociaux.

  • Le numérique pour améliorer la ville
Carlo Ratti, directeur du MIT Senseable City Lab (Massachussets Institute of Technology)

Carlo Ratti, directeur du MIT Senseable City Lab (Massachussets Institute of Technology)

La dernière partie de la matinée a été consacrée à un échange avec Carlo Ratti, directeur du MIT Senseable City Lab (Massachussets Institute of Technology). Entre autres sujets évoqués (on aurait aimé qu’il ait plus de temps pour s’exprimer), il est revenu sur les bénéfices du numérique et de la nouvelle économie pour assurer une meilleure gestion de la rareté des ressources dans les villes. Aujourd’hui, 50% de la population mondiale est urbaine. Cette urbanisation très forte entraine un impératif d’efficacité dans l’utilisation des ressources : foncières pour éviter l’étalement urbain, énergétiques pour limiter les GES et le réchauffement, auto-partage pour limiter l’usage individuel des voitures et ses effets néfastes, mixité professionnelle et personnelle des logements, … Covoiturage, coworking, coliving, … sont autant de solutions innovantes permettant de mieux utiliser les ressources dont les villes disposent en favorisant la mutualisation des infrastructures, tout en augmentant les interactions sociales, façon de répondre aux défis de la crise démocratique.  Par ailleurs, le numérique offre aussi des outils permettant de mieux comprendre et piloter la ville, et ainsi, en optimiser le fonctionnement.

 

Fabbike #3 : les fablabs universitaires

logo fablabs universitairesOn a vu dans l’article précédent, consacré au fablabs artistiques, que des écoles d’art hébergent des fablabs, comme l’Ecole Supérieure d’Art de l’Agglomération d’Annecy. Les fabbikers ont visité des fablabs dans des universités dont les enseignements recouvrent d’autres disciplines, notamment des départements d’informatique (université de Bratislava, en Slovaquie ; université de Brême en Allemagne, université libre de Belgique à Bruxelles). A Lille, deux écoles d’ingénieurs (Ecole Centrale et Polytech) disposent également de fablabs, initiés suite à des demandes des départements de mécanique, électronique, informatique et automatique pour l’Ecole Centrale.

3 _ carte universitaires

  • Des fablabs par et pour la communauté universitaire ?

Ces fablabs sont surtout, voire uniquement, fréquentés par les étudiants des universités qui les accueillent. Ainsi, 80% des projets réalisés au fablab de Bratislava émanent d’étudiants (la plupart architectes, une autre discipline très représentée dans les communautés des fablabs universitaires). Imagine & make, le fablab de l’Ecole Centrale, est quant à lui réservé aux étudiants et personnels de l’école, de même que la fabricarium de Polytech Lille.

Les personnes en charge de l’animation des fablabs universitaires sont également du personnel des universités ou étudiants. L’UrLab (université libre de Belgique), en tant qu’association d’étudiants, n’est ouvert que lorsqu’un des quinze membres actifs (qui ont les clés du local) est présent. La direction de l’université leur impose par ailleurs une fermeture pendant les examens. L’Ecole Centrale de Lille a, quant à elle, aménagé les horaires de certains professeurs pour qu’ils puissent ouvrir Imagine & Make. Ils interviennent en complément d’élèves ayant le statut de « superviseur ».

Cette faible mixité des publics s’explique notamment par le lieu d’implantation : établis pour la quasi-totalité au sein des locaux universitaires, les fablabs ne sont connus que des membres de la communauté universitaire. La structure juridique peut également jouer : les deux fablabs de Lille par exemple n’ont pas d’existence juridique, ce qui implique que leur accès soit réservé (pour des raisons d’assurance notamment) aux personnels et aux étudiants.

Certains fablabs universitaires sont cependant ouverts au grand public sur certaines plages horaires. L’Ecole Supérieure d’Art de l’Agglomération d’Annecy est ouverte au grand public les mercredis après-midi et samedis impairs après-midi. Ces plages d’ouverture sont possibles grâce à l’embauche d’un fabmanager à temps complet. Le fablab de Bratislava, charté MIT, dispose également de deux personnes à temps plein et est ouvert au grand public. Imagine & Make ambitionne d’intégrer le réseau du MIT, pour bénéficier du renom et jouer un rôle de vitrine de l’Ecole Centrale. Pour répondre à la charte, le fablab devra ouvrir sur certaines plages à tous types de publics.

  • L’autonomie des fablabs universitaires en question

Plusieurs des fablabs universitaires visités par les fabbikers n’ont pas d’existence juridique. C’est ainsi le cas du fablab de Bratislava, émanation du centre slovaque d’information scientifique et technique, d’Imagine & Make et du fabricarium à Lille. Cette assimilation peut représenter un manque de souplesse dans le fonctionnement au quotidien et un frein au développement des fablabs. Ainsi, le fabricarium est en train de monter une association, notamment pour faciliter les achats et reventes de matériaux, qui passent aujourd’hui par le budget de l’université.

Le fablab de Brême, récemment installé dans le centre-ville

Le fablab de Brême, récemment installé dans le centre-ville

Cependant, la pérennité financière du fablab de Brême, qui est récemment devenu une association à part, semble compromise : l’indépendance juridique implique également de trouver des ressources financières. L’indépendance entraine également plus de responsabilité, que certains professeurs impliqués dans l’animation du fablab n’ont pas voulu assumer : le fablab a de ce fait perdu une partie de ses personnes ressources.

Les relations vis-à-vis de l’université « mère » est donc un enjeu important des fablabs universitaires. Dans l’exemple du fablab de Brême, le passage à une structure indépendante et le déménagement l’ont mis en difficulté : la création d’une structure ad hoc suppose en effet un bouleversement dans le fonctionnement de ces fablabs. Un statut autonome, mais permettant toutefois de bénéficier des ressources et réseaux des universités semble plus pertinent pour ces fablabs. C’est en effet leur proximité avec l’écosystème universitaire, y compris la recherche, qui fonde leur spécificité. Une indépendance signifie le passage dans une autre catégorie de fablab, avec un risque important de perte de la communauté « noyau », et donc de la principale valeur ajoutée des fablabs : leurs talents.

  • Un rôle d’entremetteur entre différents talents bien réel
Le fablab de Imagine&Make de l’Ecole Centrale de Lille

Le fablab de Imagine&Make de l’Ecole Centrale de Lille

Que ce soit les utilisateurs ou les équipes, on constate que la communauté universitaire est quasiment exclusive. Toutefois, cette caractéristique ne doit pas masquer la capacité des fablabs à créer des liens, des passerelles entre différents domaines. Ainsi, d’après les acteurs interrogés par les fabbikers, la création du fabricarium et d’Imagine & Make répondent au besoin de créer de la transversalité entre les différents départements d’enseignement des écoles d’ingénieurs concernées. A Bratislava, le fablab a été créé sur l’impulsion d’un professeur en informatique, mais concerne aujourd’hui beaucoup d’étudiants architectes, signe de l’ouverture du fablab au fil de son existence. Pour le fablab de Bratislava, la création d’une structure juridique autonome est allée de pair avec un déménagement dans le centre-ville, proche de la gare, dans les anciens locaux de la poste. Cette localisation devrait avoir des effets sur la diversité du public accueilli également.

Les fablabs universitaires sont donc un outil de mise en transversalité des enseignements, qui peuvent également soutenir « l’écosystème de l’innovation », notamment les relations entre recherche et entreprenariat. Le fabricarium développe ainsi à la fois des synergies avec les laboratoires universitaires, vers qui il oriente les étudiants intéressés, et avec l’incubateur. Le fablab de Bratislava a quant à lui été créé grâce à un projet, cofinancé par l’Union Européenne, de soutien à l’entreprenariat. L’indépendance du fablab de Brême a quant à elle été rendue possible grâce au soutien financier de l’entreprise SWB.

  • De passerelle avec le monde de l’entreprise à support de développement économique : un nouveau rôle pour les fablabs universitaires ?

Pour gagner en autonomie, les fablabs universitaires peuvent légitimement ouvrir leurs portes au monde de la recherche et aux entreprises innovantes : en tant qu’outil de fertilisation croisée entre différentes disciplines, et entre étudiants, professeurs et chercheurs, ils ont des atouts à faire valoir. C’est le cas par exemple de la fabrique Paris-Saclay de l’Ecole Centrale de Paris, qui vise à accompagner les projets technologiques de ces différents acteurs. Le succès de cette ouverture envers les entreprises dépendra entre autres de la posture de l’équipe pédagogique. Certaines disciplines ou cultures d’établissement d’enseignement seront plus propices à de tels développements. Pour jouer pleinement ce rôle d’interconnexion entre ces différentes communautés, l’indépendance des fablabs n’est pas toujours souhaitable car cela peut conduire à perdre les relations privilégiées avec la communauté universitaire. Par ailleurs, le maintien dans le cadre universitaires permet à ces fablabs de continuer à bénéficier des services supports (administration, accueil, entretien, …) et des infrastructures (immobilier, autres équipements techniques).

Dans l’enseignement professionnel ou l’apprentissage, la fabrication par commande numérique gagnerait à s’inspirer du modèle des fablabs. En effet, la fabrication additive gagne de plus en plus de secteurs industriels  et est déjà utilisée pour des moyennes séries (quelques milliers de pièces par an) dans certains secteurs en pointe (ex : aéronautique, armement). Au Bade-Württemberg, en Allemagne, le land soutient ainsi financièrement les écoles mettant en place des « usines d’apprentissage » dans le cadre de sa politique Industrie 4.0. Ce programme vise exclusivement les formations en apprentissage où les apprentis sont accueillis dans des PME, afin de favoriser la diffusion de ces technologies dans le tissu économique local.