Fabbike #4 : les fablabs professionnels

4 - logo professionnelsLe dernier article était consacré aux fablabs universitaires, qui, s’ils sont centrés sur la communauté universitaire (étudiants et personnel de l’université) sont pour certains ouverts aux entreprises. Les fablabs professionnels sont également des lieux de rencontre entre entreprises et monde universitaire. Parmi les fablabs visités par les fabbikers, trois ont été mis en place par et/ou pour des entreprises.

4 - carte professionnels

  • Des lieux de rencontre

Le Bricolab est aujourd’hui avant tout considéré comme un outil pour améliorer les relations sociales au sein de l’entreprise, à l’image de la conception du bâtiment TerrAdeo (qui comprend de nombreux espaces conviviaux). Sont ainsi organisés les caféIn, des temps d’échanges libres avec la direction.

Plus largement, le Bricolab ouvre ses portes aux entreprises et étudiants, et organise leur rencontre. Par exemple, le « 54h chrono » vise, sur 3 jours, à outiller le passage de l’idée au projet sur le thème de l’habitat et du cadre de vie, avec pitch et ateliers de formation. Le fablab de Budapest, s’il attire des entreprises (qui peuvent privatiser l’espace si besoin), est également fréquenté par des étudiants. Le Kreatorlab a également mis en place des ateliers hebdomadaires pour les enfants (9 ans et plus).

  • Des outils pour la mise au point de produits

Le Kreator lab est une émanation de l’IRNAS, un institut pour le développement des systèmes appliqués. L’IRNAS a été financé par une fondation pour l’innovation ouverte : l’ensemble de ses produits sont en open source, et les plans sont téléchargeables depuis leur site internet. Dans ce contexte, le kreator lab est conçu comme un outil pour développer de nouveaux produits de manière ouverte et libre, ainsi que comme un lieu de transfert de connaissances. L’IRNAS a ainsi inventé grâce aux installations du kreatorlab plusieurs machines dans le but de créer des micro-industries de production de hardware open source pour 10k€. Les plans de ces machines sont téléchargeables, et l’IRNAS propose des kits pour le montage.

Fablab entreprise Adeo

Le Brico lab

Le Bricolab est quant à lui implanté dans les locaux du siège social d’Adeo, la société parapluie de Leroy Merlin. Ce siège social, TerrAdeo, a été conçu comme un « campus », lieu de formation des collaborateurs, mais aussi des artisans partenaires (en collaboration avec les apprentis d’Auteuil), des clients ou des futures recrues. Dans cette perspective, le bricolab a d’abord été pensé comme un lieu permettant la co-création des produits liés à l’habitat durable. Cependant, le bricolab a été réorienté, l’idée de départ n’ayant pas donné de résultats satisfaisants (en libre-service, les machines étaient souvent détériorées). Aujourd’hui, il est ouvert sur la pause déjeuné pour les employés, et peut être loué à la demi-journée par des organismes extérieurs (notamment les entreprises). Cinq projets développés au sein du bricolab ont obtenus par la suite le soutien financier de la direction de l’entreprise pour leur développement. Des kits pour favoriser la culture intraprenariale sont également en cours d’élaboration sur le dépôt de brevet ; le prototypage, le business plan etc.

Open space du fablab Budapest dans l'aile principale

Open space du fablab Budapest dans l’aile principale

Dans ces deux exemples, l’objectif est donc de renforcer la créativité des équipes de l’IRNAS et d’Adeo en s’appuyant sur un lieu d’innovation ouvert et échappant aux règles et processus encadrés de l’entreprise. Au contraire, la fablab de Budapest « vend » la créativité de son équipe et sa maitrise du parc machine pour des entreprises extérieures, notamment les grands groupes (ex : Siemens).

Dans le cas du fablab de Budapest comme dans celui du Kreatorlab, l’approche par projet prend clairement le pas sur une approche par fonctions du fablab : les financements par exemple sont obtenus auprès d’organismes extérieurs (la fondation pour le kreatorlab et les entreprises clientes pour le fablab de Budapest) pour des projets précis.

  • Les fablabs professionnels, un nouveau modèle d’usine ?

Chacun de ces trois fablabs représente une évolution de l’industrie. Le Bricolab représente une évolution des relations entre salariés et entreprise, avec une recherche de plus grande horizontalité, et une évolution des fonctions au sein de l’entreprise, avec la remise en cause – à la marge cependant –  de la division entre R&D, méthodes et production. Le SEBlab, implanté à Dardilly, est un autre exemple de lab proposant de remettre en cause la distinction entre les différentes fonctions du cycle de la créativité et de l’innovation, au sein du groupe Seb. Chaque branche de l’entreprise peut ainsi solliciter une session au lab, qui vise à créer une unité de temps, de lieu et d’action pour mieux mobiliser les ressources et compétences des collaborateurs et accélérer le passage de l’idée à l’innovation et à la phase de test.

Le Kreatorlab est quant à lui un exemple d’entreprise de production open source et coopérative, dont l’un des objets est la relocalisation de la production en inventant des machines permettant d’équiper à bas coût des ateliers de fabrication. Le fablab de Budapest de son côté propose une offre de prestation de prototypage d’un nouveau type, où client et fournisseur font momentanément partie d’une même équipe « de projet ».

La communauté de You factory (Villeurbanne) présentée sur leur site internet

La communauté de You factory (Villeurbanne) présentée sur leur site internet

En France, on peut citer les exemples de l’usine IO (Paris) ou de You factory (Lyon), qui vont dans le sens de ces évolutions de modèles du secteur industriel. Ce qui les distinguent notamment, c’est la qualité des équipements proposés, permettant un travail plus précis, ou à des échelles plus importantes. Mais leur plus-value par rapport à d’autres types de fablabs, c’est la mise en avant des profils de leurs membres : les projets qu’ils ont menés, leurs compétences. En plus de proposer un lieu équipé et une équipe pouvant accompagner les projets professionnels à la manière des incubateurs ou des accélérateurs (pitch, études techniques, ateliers de formation au marketing etc.), ils cherchent à faciliter et rendre naturels les partenariats entre membres aux compétences complémentaires. La mise en commun des moyens de production, que ce soit les machines ou les ressources humaines, permet à cette communauté de créer davantage de valeur ajoutée que dans le cas de structures isolées, avec des relations traditionnelles prestataire/ donneur d’ordre.

  • L’intraprenariat comme modèle de transition ?

L’entreprise en réseau est une tendance protéiforme, mais qui s’installe. Que ce soit par l’externalisation, les relations entre entreprises filles/ mère, l’accroissement des formes d’entreprises coopératives ou les plateformes d’emploi (uber, deliveroo), les relations entre salariés et entreprises et inter-entreprises évoluent rapidement. Dans le secteur industriel, cette évolution pourrait profiter aux pays de l’OCDE, afin de faire face à la désindustrialisation, en réponse à la demande de plus en plus forte de traçabilité des produits et de respect des standards environnementaux et sociaux.

Cependant, le modèle de l’usine coopérative ou collaborative se fera progressivement. La culture du « faire soi-même » et la propension à rompre avec la division fonctionnelle des tâches depuis la mise en place des chaines de production prendront du temps. Dans ce contexte, les entreprises peuvent faire évoluer le modèle en poussant les logiques intraprenariales. C’est l’une des logiques sous-jacentes au Bricolab. L’accélérateur Axandus, implanté à Beynost dans l’Ain, poursuit cette logique. Fondé par le groupe EFI Automotive, l’accélérateur peut faire bénéficier aux entreprises accompagnées de son réseau et de son savoir-faire.

La CC de Miribel, accompagnée par Ocalia, souhaite déployer une offre complémentaire à Axandus, en proposant notamment une offre immobilière adaptée pour ancrer les emplois générés grâce à la création d’activité d’Axandus sur le territoire. L’implantation d’un lieu totem, qui rayonnera au-delà du territoire, est un des axes retenus dans cette optique.  Les fablabs totem feront l’objet du dernier article de cette série !


Retour sur la matinée « Gouverner la ville autrement » organisée par le Monde à l’Hôtel de Ville de Lyon le 7 avril dernier

Organisée par Le Monde, cette journée était consacrée aux enjeux de démocratie à l’échelle des villes, et au rôle que peut jouer le numérique pour y répondre. Voici une synthèse des interventions des invités de la matinée, dont le programme est disponible en ligne.

  • Le diagnostic : les défis de la démocratie à l’échelle des villes

La démocratie à l’échelle des villes n’échappe pas à la tendance générale de défiance vis-à-vis des représentants politiques : pour preuve la baisse continue de la participation aux élections locales (bien que les taux de participation restent plus forts à cette échelle qu’aux autres échelles).

CEVIPOF, baromètre de la confiance politique

CEVIPOF, baromètre de la confiance politique

La démocratie implique par ailleurs qu’il y ait débat entre personnes n’ayant pas les mêmes opinions, les mêmes vécus, pour construire un avenir commun dans l’intérêt du plus grand nombre. On a vu par ailleurs, avec les mouvements Nuit Debout ou les Indignados, qu’il existe une volonté de se réapproprier l’espace public en même temps que la parole politique : l’espace physique et démocratique sont ainsi bel et bien liés.

Or les villes souffrent de ségrégation spatiale, et ne permettent plus, de par leurs formes urbaines, la rencontre nécessaire entre ces différents profils. Le manque d’espaces publics en milieu périurbain est un des exemples cités dans le cadre de cette journée de débats : les ronds-points ont remplacé les places publiques.

  • Les promesses des civic tech

Face à ces défis démocratiques, les civic tech apportent de potentielles solutions. Le match des start-ups organisé lors de cette journée donne à voir quelques exemples. Quatre étaient présentes pour présenter leur projet : Let’s co (qui a remporté le match), Open Source Politics, Civoracy, et Urbee.  Ces outils technologiques permettent de fonder et d’animer des communautés de citoyens pour co-construire les politiques publiques ou des projets d’intérêt collectif.

A Hambourg, les civic tech ont été mobilisées pour accueillir les 50 000 migrants arrivés récemment : en modélisant les bâtiments vacants, et à force de concertation, chaque quartier a pu préparer l’arrivée de ces personnes au mieux. Un article paru dans Le Monde du 7 avril relate cette expérience, qui a permis de modéliser la ville pour mieux gérer sa complexité.

  • Les limites de la technologie pour réenchanter la démocratie dans les villes

Cependant, chacun des intervenants, les startupers en première ligne, soulignent que les civic tech ne peuvent pas remplacer l’humain : ces solutions technologiques doivent donc être accompagnées par des dispositifs d’accompagnement « dans la vraie vie ».

En effet, le numérique ne « réenchante que ceux qui sont déjà réenchantés » : les utilisateurs de ces civic tech sont souvent les mêmes que ceux qui s’expriment déjà dans les instances de démocratie participative. Le même constat avait déjà était fait par un groupe de chercheur sur le mouvement politique issu des indignados, Podemos (H. Nez, Podemos, un parti de « non professionnels », dans Savoir/ agir n°32, juin 2015).

Le fait est que les civic tech appartiennent, comme le soulignait Cynthia Fleury lors de cette journée du Monde, au logos : il faut savoir manier le verbe pour y être audible et se sentir légitime à intervenir. L’enjeu est donc de valoriser également d’autres formes d’expression permettant de construire des lendemains qui chantent.

  • Des solutions qui ne fonctionnent qu’en complémentarité de présentiel

Les civic tech fonctionnent donc de pair avec des formes matérielles : leur mise en œuvre s’accompagne de médiation pour apprendre à les utiliser, et surtout les adapter aux usages et besoins des citoyens. Dans ces conditions, elles peuvent permettre de diversifier l’audience de la concertation et la désintermédiation de la décision politique.

Les fablabs, jardins partagés, ateliers animés avec des lego serious game… sont autant de lieux qui valorisent d’autres formes d’expression. Rassemblant des communautés hétérogènes, ils permettent de transmettre d’autres types de savoir et connaissance entre générations et milieux sociaux.

  • Le numérique pour améliorer la ville
Carlo Ratti, directeur du MIT Senseable City Lab (Massachussets Institute of Technology)

Carlo Ratti, directeur du MIT Senseable City Lab (Massachussets Institute of Technology)

La dernière partie de la matinée a été consacrée à un échange avec Carlo Ratti, directeur du MIT Senseable City Lab (Massachussets Institute of Technology). Entre autres sujets évoqués (on aurait aimé qu’il ait plus de temps pour s’exprimer), il est revenu sur les bénéfices du numérique et de la nouvelle économie pour assurer une meilleure gestion de la rareté des ressources dans les villes. Aujourd’hui, 50% de la population mondiale est urbaine. Cette urbanisation très forte entraine un impératif d’efficacité dans l’utilisation des ressources : foncières pour éviter l’étalement urbain, énergétiques pour limiter les GES et le réchauffement, auto-partage pour limiter l’usage individuel des voitures et ses effets néfastes, mixité professionnelle et personnelle des logements, … Covoiturage, coworking, coliving, … sont autant de solutions innovantes permettant de mieux utiliser les ressources dont les villes disposent en favorisant la mutualisation des infrastructures, tout en augmentant les interactions sociales, façon de répondre aux défis de la crise démocratique.  Par ailleurs, le numérique offre aussi des outils permettant de mieux comprendre et piloter la ville, et ainsi, en optimiser le fonctionnement.

 

Fabbike #3 : les fablabs universitaires

logo fablabs universitairesOn a vu dans l’article précédent, consacré au fablabs artistiques, que des écoles d’art hébergent des fablabs, comme l’Ecole Supérieure d’Art de l’Agglomération d’Annecy. Les fabbikers ont visité des fablabs dans des universités dont les enseignements recouvrent d’autres disciplines, notamment des départements d’informatique (université de Bratislava, en Slovaquie ; université de Brême en Allemagne, université libre de Belgique à Bruxelles). A Lille, deux écoles d’ingénieurs (Ecole Centrale et Polytech) disposent également de fablabs, initiés suite à des demandes des départements de mécanique, électronique, informatique et automatique pour l’Ecole Centrale.

3 _ carte universitaires

  • Des fablabs par et pour la communauté universitaire ?

Ces fablabs sont surtout, voire uniquement, fréquentés par les étudiants des universités qui les accueillent. Ainsi, 80% des projets réalisés au fablab de Bratislava émanent d’étudiants (la plupart architectes, une autre discipline très représentée dans les communautés des fablabs universitaires). Imagine & make, le fablab de l’Ecole Centrale, est quant à lui réservé aux étudiants et personnels de l’école, de même que la fabricarium de Polytech Lille.

Les personnes en charge de l’animation des fablabs universitaires sont également du personnel des universités ou étudiants. L’UrLab (université libre de Belgique), en tant qu’association d’étudiants, n’est ouvert que lorsqu’un des quinze membres actifs (qui ont les clés du local) est présent. La direction de l’université leur impose par ailleurs une fermeture pendant les examens. L’Ecole Centrale de Lille a, quant à elle, aménagé les horaires de certains professeurs pour qu’ils puissent ouvrir Imagine & Make. Ils interviennent en complément d’élèves ayant le statut de « superviseur ».

Cette faible mixité des publics s’explique notamment par le lieu d’implantation : établis pour la quasi-totalité au sein des locaux universitaires, les fablabs ne sont connus que des membres de la communauté universitaire. La structure juridique peut également jouer : les deux fablabs de Lille par exemple n’ont pas d’existence juridique, ce qui implique que leur accès soit réservé (pour des raisons d’assurance notamment) aux personnels et aux étudiants.

Certains fablabs universitaires sont cependant ouverts au grand public sur certaines plages horaires. L’Ecole Supérieure d’Art de l’Agglomération d’Annecy est ouverte au grand public les mercredis après-midi et samedis impairs après-midi. Ces plages d’ouverture sont possibles grâce à l’embauche d’un fabmanager à temps complet. Le fablab de Bratislava, charté MIT, dispose également de deux personnes à temps plein et est ouvert au grand public. Imagine & Make ambitionne d’intégrer le réseau du MIT, pour bénéficier du renom et jouer un rôle de vitrine de l’Ecole Centrale. Pour répondre à la charte, le fablab devra ouvrir sur certaines plages à tous types de publics.

  • L’autonomie des fablabs universitaires en question

Plusieurs des fablabs universitaires visités par les fabbikers n’ont pas d’existence juridique. C’est ainsi le cas du fablab de Bratislava, émanation du centre slovaque d’information scientifique et technique, d’Imagine & Make et du fabricarium à Lille. Cette assimilation peut représenter un manque de souplesse dans le fonctionnement au quotidien et un frein au développement des fablabs. Ainsi, le fabricarium est en train de monter une association, notamment pour faciliter les achats et reventes de matériaux, qui passent aujourd’hui par le budget de l’université.

Le fablab de Brême, récemment installé dans le centre-ville

Le fablab de Brême, récemment installé dans le centre-ville

Cependant, la pérennité financière du fablab de Brême, qui est récemment devenu une association à part, semble compromise : l’indépendance juridique implique également de trouver des ressources financières. L’indépendance entraine également plus de responsabilité, que certains professeurs impliqués dans l’animation du fablab n’ont pas voulu assumer : le fablab a de ce fait perdu une partie de ses personnes ressources.

Les relations vis-à-vis de l’université « mère » est donc un enjeu important des fablabs universitaires. Dans l’exemple du fablab de Brême, le passage à une structure indépendante et le déménagement l’ont mis en difficulté : la création d’une structure ad hoc suppose en effet un bouleversement dans le fonctionnement de ces fablabs. Un statut autonome, mais permettant toutefois de bénéficier des ressources et réseaux des universités semble plus pertinent pour ces fablabs. C’est en effet leur proximité avec l’écosystème universitaire, y compris la recherche, qui fonde leur spécificité. Une indépendance signifie le passage dans une autre catégorie de fablab, avec un risque important de perte de la communauté « noyau », et donc de la principale valeur ajoutée des fablabs : leurs talents.

  • Un rôle d’entremetteur entre différents talents bien réel
Le fablab de Imagine&Make de l’Ecole Centrale de Lille

Le fablab de Imagine&Make de l’Ecole Centrale de Lille

Que ce soit les utilisateurs ou les équipes, on constate que la communauté universitaire est quasiment exclusive. Toutefois, cette caractéristique ne doit pas masquer la capacité des fablabs à créer des liens, des passerelles entre différents domaines. Ainsi, d’après les acteurs interrogés par les fabbikers, la création du fabricarium et d’Imagine & Make répondent au besoin de créer de la transversalité entre les différents départements d’enseignement des écoles d’ingénieurs concernées. A Bratislava, le fablab a été créé sur l’impulsion d’un professeur en informatique, mais concerne aujourd’hui beaucoup d’étudiants architectes, signe de l’ouverture du fablab au fil de son existence. Pour le fablab de Bratislava, la création d’une structure juridique autonome est allée de pair avec un déménagement dans le centre-ville, proche de la gare, dans les anciens locaux de la poste. Cette localisation devrait avoir des effets sur la diversité du public accueilli également.

Les fablabs universitaires sont donc un outil de mise en transversalité des enseignements, qui peuvent également soutenir « l’écosystème de l’innovation », notamment les relations entre recherche et entreprenariat. Le fabricarium développe ainsi à la fois des synergies avec les laboratoires universitaires, vers qui il oriente les étudiants intéressés, et avec l’incubateur. Le fablab de Bratislava a quant à lui été créé grâce à un projet, cofinancé par l’Union Européenne, de soutien à l’entreprenariat. L’indépendance du fablab de Brême a quant à elle été rendue possible grâce au soutien financier de l’entreprise SWB.

  • De passerelle avec le monde de l’entreprise à support de développement économique : un nouveau rôle pour les fablabs universitaires ?

Pour gagner en autonomie, les fablabs universitaires peuvent légitimement ouvrir leurs portes au monde de la recherche et aux entreprises innovantes : en tant qu’outil de fertilisation croisée entre différentes disciplines, et entre étudiants, professeurs et chercheurs, ils ont des atouts à faire valoir. C’est le cas par exemple de la fabrique Paris-Saclay de l’Ecole Centrale de Paris, qui vise à accompagner les projets technologiques de ces différents acteurs. Le succès de cette ouverture envers les entreprises dépendra entre autres de la posture de l’équipe pédagogique. Certaines disciplines ou cultures d’établissement d’enseignement seront plus propices à de tels développements. Pour jouer pleinement ce rôle d’interconnexion entre ces différentes communautés, l’indépendance des fablabs n’est pas toujours souhaitable car cela peut conduire à perdre les relations privilégiées avec la communauté universitaire. Par ailleurs, le maintien dans le cadre universitaires permet à ces fablabs de continuer à bénéficier des services supports (administration, accueil, entretien, …) et des infrastructures (immobilier, autres équipements techniques).

Dans l’enseignement professionnel ou l’apprentissage, la fabrication par commande numérique gagnerait à s’inspirer du modèle des fablabs. En effet, la fabrication additive gagne de plus en plus de secteurs industriels  et est déjà utilisée pour des moyennes séries (quelques milliers de pièces par an) dans certains secteurs en pointe (ex : aéronautique, armement). Au Bade-Württemberg, en Allemagne, le land soutient ainsi financièrement les écoles mettant en place des « usines d’apprentissage » dans le cadre de sa politique Industrie 4.0. Ce programme vise exclusivement les formations en apprentissage où les apprentis sont accueillis dans des PME, afin de favoriser la diffusion de ces technologies dans le tissu économique local.

Fabbike #2 : les fablabs artistiques

logo artistiquesOcalia a soutenu les 3 fabbikers de l’école centrale de Paris, qui ont parcourus, au cours de l’été 2016, près de 4000km en vélo, à la rencontre d’une trentaine de makerspaces à travers l’Europe : cet article fait suite à ceux publiés il y a deux semaines, que vous pouvez retrouver sur le blog. Trois des makerspace visités par les fabbikers peuvent être analysés sous l’angle de leur vocation artistique. Les makerspaces de cette catégorie se distinguent par les relations privilégiées qu’ils entretiennent avec les artistes, et la vocation qu’ils affichent de soutenir et accompagner les productions artistiques.

2 - carte artistiques

L’interactive Media Art Laboratory (iMAL) à Bruxelles, un centre de cultures et technologies digitales, héberge ainsi son propre fablab. Radiona, à Zagreb (Croatie), a été créé par un groupe d’artistes, et vise notamment à permettre à la ville de « retrouver » ses innovateurs, qui ont fui la dictature puis la guerre, en facilitant les échanges entre artistes et techniciens. Rampalab, à Llubjana (Slovénie), est un atelier d’artistes qui a incorporé des équipements pour un biolab et mis en place un partenariat avec un fablab proche pour bénéficier de ses équipements, le makerspace n’en possédant pas lui-même (il est équipé en tables et ordinateurs et de matériel de chimie de base, pour le biolab).

Le fablab de l’iMAL © e-bulles

Le fablab de l’iMAL © e-bulles

La place des artistes dans l’équipe est variable. L’iMAL propose des résidences d’artistes, accordées sur dossier. A Rampalab, les artistes participent à l’animation des ateliers, et deux artistes font partie de l’équipe de 7 personnes de la structure.

Dans leur présentation, chacun de ces espaces revendique sa particularité artistique par rapport à d’autres makerspaces existants dans leur ville d’implantation. Ces structures se servent de cette particularité pour assoir leur renommée dans le réseau des makerspaces. Ainsi, l’iMAL a organisé une exposition des œuvres belges en partenariat avec les autres fablabs. Sa dimension artistique motive les médias à le citer en exemple, comme Wired (USA), Artribune (Italie) ou Libération (France). Pour le Rampalab, c’est le partenariat avec l’artiste Jurij Krpan, reconnu en Slovénie, qui a participé à construire la renommée du makerspace.

Un atelier au Rampalab © Hana Jošić

Un atelier au Rampalab © Hana Jošić

Cependant, ces lieux demeurent des structures ouvertes largement : l’objectif reste d’encourager la création et la fabrication par tous types de publics, pas uniquement les artistes. Deux de makerspaces artistiques rencontrés par les fabbikers ont ainsi des projets de développement social en cours ou à court terme. Rampalab souhaiterait développer des ateliers à destination des enfants défavorisés et ceux éprouvant des difficultés à s’insérer dans le système scolaire. L’iMAL quant à lui est partenaire du projet Velo M², auquel participe également l’openfab (cf. article #1), visant à amener le concept des fablabs directement auprès des enfants défavorisés, et souhaite développer ses liens avec les associations à vocation sociale de Molenbeek (jouxtant le lieu). Ils sont déjà en lien avec le collectif Lutte contre les exclusions sociales (LES) et la maison des cultures et de la cohésion.

L’iMAL est également fréquenté de manière régulière par les étudiants en écoles d’art, et collabore avec les fablabs d’écoles d’ingénieurs tel que celui de Erasmus Hogeschool Brussel. A noter que certaines écoles d’arts hébergent des fablabs, intégrant ainsi la fabrication additive et la philosophie du détournement d’usage et de faire soi-même (do it yourself) à leur enseignement. C’est notamment le cas de l’Ecole Supérieure d’Art de l’Agglomération d’Annecy, qui a été accompagnée par Ocalia pour définir les scenarii d’évolution du positionnement de ce fablab.

Au niveau des modèles de financement, tous touchent des subventions publiques :

  • l’iMAL a touché du FEDER, et a mis en place des abonnements au mois ou à l’année (respectivement 45 et 200€), avec certains services payant en sus (10€/ heure d’utilisation de la découpe laser)
  • Radiona touchent des fonds du ministère de la culture, pour qui travaille la fabmanageuse, pour l’organisation des ateliers (il n’existe pas de subvention d’investissement), et propose un abonnement à 4,5€/mois
  • Rampalab est entièrement financé sur fonds publics (bourses et subventions)

Le maintien de ces lieux passe donc par la démonstration de leur utilité publique. Cette utilité peut s’apprécier à l’aulne de leurs actions sociales, que les trois makerspaces artistiques visitées par les fabbikers cherchent à développer. Compte-tenu de leur spécificité, l’utilité publique de ces makerspaces est avant tout définie par l’accès à l’art et à la culture qu’ils permettent. Au même titre que les écoles de musique ou de chant, ces lieux sont des ressources pour la création artistique. Enfin, la renommée de ces lieux, liée aux artistes qu’ils reçoivent (voire hébergent en résidence), contribue à la visibilité des territoires dans lesquelles elles sont implantées. Attirer la « classe créative », théorisée par Florida, est un des objectifs de ces lieux. C’est sur cette classe que reposerait le dynamisme des territoires, dans une économie du savoir.

En définitive, plus que le matériel de fabrication numérique à disposition, c’est la communauté artistique que ces structures peuvent rassembler qui importe, et sa capacité à rendre les habitants acteurs par le « faire », pour développer une citoyenneté active. L’identification des acteurs et réseaux culturels à mobiliser, et les liens à faire entre cette sphère de la société et le monde économique, sont à même de définir un positionnement original de ce type de lieux, y compris en milieu rural. C’est dans cette optique qu’Ocalia accompagne par exemple le projet Gare ! à Poix-Saint-Hubert (lire notre article du 25 janvier à ce propos), au cœur des Ardennes belges, avec une seconde phase en 2017 portant précisément sur l’identification des acteurs qui pourraient profiter d’un tiers-lieux ouvert, offrant des espaces de travail mais surtout de rencontre entre filières économiques clé et acteurs culturels. Son ouverture aux dynamiques entrepreneuriales territoriales est un élément distinctif par rapport aux lieux de diffusion et d’enseignement culturel « classique ». Ce projet de hub culturel propose une approche originale du développement économique par la culture et la valorisation des talents locaux.

Le fabbike tour : Tour d’Europe des fablabs européens. Un feuilleton en 5 épisodes

0 - logo fabbikeOcalia a soutenu les 3 fabbikers de l’école centrale de Paris, qui ont parcourus, au cours de l’été 2016, près de 4000km en vélo, à la rencontre d’une trentaine de makerspaces à travers l’Europe : on vous en a déjà parlé sur le blog les 2 juillet et 12 octobre dernier. Vous trouverez aussi d’autres informations sur leur voyage sur leur site, et en image sur leur profil youtube.

A partir des notes et analyses des fabbikers, l’équipe d’Ocalia vous propose un retour sur les différents makerspaces visités, selon leur positionnement stratégique, ou vocation première. En effet, les makerspaces n’ont pas de modèle unique, et leur vocation sont très diverses notamment en termes de public visé (enfants, entreprises, créatifs, amateurs passionnés…) et de rôle vis-à-vis des utilisateurs ou de la communauté (intégration sociale, développement de la créativité…).

Nous avons donc opéré une répartition par grande vocation, recoupant essentiellement ces deux questions (public cible et rôle du makerspace) :

  • les coopératifs : basés sur la communauté, ils ont souvent démarré petits, avec un effet boule de neige. Avec des modèles souvent frugaux, ils sont parfois militants ou poursuivent des objectifs d’intégration sociale
  • les artistiques : intègrent dans leur équipe, ou en résidence, des artistes, et visent à développer les aptitudes artistiques des utilisateurs ou membres
  • les fablabs universitaires : installés au sein des universités et destinés aux étudiants, ils sont un instrument pédagogique dans le prolongement des enseignements classiques, ou des outils au service du développement de la culture entrepreneuriale et de la conduite de projet
  • les professionnels : installés au sein des entreprises ou destinés à ces dernières, leur vocation est de servir l’innovation, avec en ligne de mire la mise sur le marché des fabrications
  • les lieux totem : visibles par leur lieu d’implantation, leur ancienneté, ils drainent une importante communauté composée de publics hétérogènes, et sont installés sur des surfaces souvent plus importantes

A travers d’une série d’articles, nous reviendrons sur les enjeux de ces structures : quels facteurs de réussite et quels freins à leur mise en place et à leur développement, pour accomplir les missions qu’elles cherchent à remplir vis-à-vis du principal public cible ?

Rendez-vous toutes les deux semaines pour un article consacré à chaque type de lieux ! Aujourd’hui, on démarre avec Fablab_coopératifs.

Fabbike #1 : Les fablabs coopératifs

Six des fablabs visités par les fabbikers peuvent être intégrés à cette catégorie. Bien entendu, l’ensemble des makerspaces a une dimension coopérative forte. Ce qui distingue les exemples suivants, c’est que cette dimension prend le pas sur les autres « missions » que peuvent remplir ces espaces.

1 - coopératifs carte 2L’importance de la communauté s’apprécie notamment par la genèse de plusieurs de ces fablabs :

  • la microfactory de Bruxelles a démarré autour de séances de bricolage proposées par un couple. Le projet a progressivement gagné en ampleur, se transformant en entreprise, qui compte aujourd’hui 43 membres
  • l’openfab de Bruxelles a été initié dans la cave de Nicolas, le fondateur. C’est aujourd’hui une association qui compte une cinquantaine de membres
  • le maakplek aux Pays-Bas, se positionne sur le segment amateurs, en complémentarité du SCN[1], qui a développé une offre dédiée aux enfants ; ils se définissent avant tout comme une communauté et propose donc un tarif d’adhésion au mois sans limite de temps
  • le ZB45 d’Amsterdam a fait ses débuts dans un camion et fédère aujourd’hui une centaine de membres, dont 30 réguliers

La vocation sociale est un des rôles assumés par ce type de makerspace : la kaasfabrike organise des ateliers à destination principalement des enfants de familles défavorisées, ne pouvant partir en vacances ; l’openfab travaille sur le projet Velo M² visant à amener le concept des fablabs directement auprès des enfants défavorisés également.

1 - coopératifs image 1

Le mini fablab, dans un garage à Utrecht, ou comment diminuer drastiquement les coûts fixes !

Plusieurs de ces fablabs refusent explicitement les subventions publiques, afin de garantir leur indépendance et pour s’obliger à mettre en place un modèle économique qui évite l’effondrement lorsque les subventions publiques se tarissent. Elles fonctionnent majoritairement à peu de frais et montent en puissance graduellement. La kaasfabrike a toutefois contracté un prêt initial de 60 000€, mais les autres structures fonctionnent par dons, et utilisent des machines hackées, parfaitement maitrisées par les équipes et/ ou communautés d’utilisateurs pour limiter les frais d’investissement. Pour la kaasfabriek d’Alkmaar (Pays-Bas), les coûts liés à l’immobilier sont extrêmement réduits étant donné que le makerspace est installé dans des containers sur une friche industrielle, ce qui comporte toutefois un risque important d’expulsion, le makerspace étant toléré sur le terrain. Les coûts immobiliers pour le mini fablab, né d’un défi personnel d’un des fondateurs de la Waag society (rendez-vous dans quelques semaines, pour l’article consacré aux lieux totem pour en savoir plus sur celle-ci !) sont nuls et ses frais d’investissement minimes : installé dans son garage, il a couté moins de 5000€ pour son équipement et aménagement. Concernant les coûts de fonctionnement, seules deux de ces structures emploient un ou deux fabmanager (respectivement la microfactory et ZB45), les autres sont animés par des bénévoles.

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Exemple d’aménagement convivial, à la micro factory de Bruxelles

Les enjeux de ces structures sont liés au dynamisme et à la pérennité des communautés : dans le cas de l’openfab, le déménagement a eu pour effet une diminution de la communauté, qui n’a pas « suivi ». En l’absence d’équipe salariée, les horaires d’ouverture du lieu dépendent de la disponibilité des membres des communautés d’adhérents. Les membres de la communauté doivent donc être de réels acteurs du lieu et pas seulement des utilisateurs/ consommateurs. L’un des défis principaux de ce type de structure est l’essoufflement de la communauté initiale/ des membres fondateurs. Pour maintenir la dynamique, le renouvellement de la communauté et son agrandissement sont des éléments clé. A ce titre, l’aménagement d’espaces conviviaux et un fonctionnement propices aux échanges, sont des facteurs de réussite.

Le « parrainage » pratiqué par l’openfab est à ce titre une bonne pratique qui mérite d’être citée : les nouveaux arrivants sont « stagiaires » le temps de trouver leurs marques et de comprendre le fonctionnement des machines. Ils sont ensuite autonomes (ils ont leurs clés). Ce fonctionnement permet d’une part de faciliter l’intégration des nouveaux arrivants, et d’autre part leur montée en compétences, y compris dans l’optique d’assurer utilisation sécurisée des machines.

[1] Le SCN est un centre d’accueil de loisirs pour les jeunes, comprenant des installations et du personnel encadrant pour l’électronique, les travaux manuels, la musique (studio d’enregistrement), la mécanique etc.

La Wallonie veut développer de nouveaux espaces de travail en milieu rural

Dans le cadre d’une mission de développement d’infrastructures d’accueil d’activités économiques confiée par la Région wallonne à la SOFINPRO (groupe Nivelinvest), le Ministre wallon de la Ruralité René Collin a souhaité que soit analysée plus spécifiquement l’implantation en zones rurales d’espaces répondant aux caractéristiques des nouvelles manières de travailler (NWOW).

Ocalia a été sollicité pour étudier la faisabilité et les conditions de mise en oeuvre de ces nouveaux espaces de travail en milieu rural afin que le Ministre et l’Agence du Numérique puissent lancer en 2017 un appel à projets pilotes.

En favorisant l’émergence de nouvelles infrastructures et de tiers lieux en milieu rural, la Région a pour objectif de dynamiser ces territoires et poursuit une double préoccupation : la création d’activité économique et la diminution des problèmes de mobilité vers les grands pôles d’attraction économique et administrative.

Des Tiers-lieux qui pourraient aussi jouer un rôle pour luttre contre les problème de couverture haut-débit

Des Tiers-lieux qui pourraient aussi jouer un rôle pour lutter contre les problèmes de couverture haut-débit

Après avoir précisé des concepts clés (tiers-lieux, coworking, télétravail, etc.) et abordé le contexte historique des nouveaux espaces de travail, Ocalia a analysé les enjeux de leur développement. Ils répondent non seulement à la double préoccupation mise en avant par la Région mais aussi à bien d’autres enjeux : améliorer l’attractivité territoriale, favoriser les projets de coopération à l’échelle locale, rompre l’isolement des travailleurs, favoriser l’innovation, développer de nouveaux services, etc.

Ensuite, partant du constat que la soutenabilité économique des espaces de travail partagés en milieu rural est rendue difficile en raison du faible potentiel d’utilisateurs, Ocalia a démontré qu’une diversification de l’offre est nécessaire. L’étude de plusieurs lieux emblématiques dans le cadre d’un benchmark a permis de le vérifier et de l’illustrer, de pointer de nombreux facteurs de succès ainsi que les écueils à éviter.

Enfin, Ocalia a pointé le nécessaire besoin de méthodologie et de rigueur pour développer ce type de projets. Monter un espace de travail partagé ne s’improvise pas et une approche purement immobilière et mobilière est insuffisante. Il s’agit d’une démarche complexe qui nécessite à minima de mobiliser une communauté locale et de bâtir une offre de services adaptée aux besoins identifiés sur le territoire.

“Gare!” : Un hub culturel au coeur des Ardennes belges

Aude Piette exploite avec sa soeur un hôtel restaurant (http://www.levaldepoix.com/ –  http://www.lesgamines.be/ ) à Poix-Saint-Hubert, au coeur des Ardennes belges. Elle a souhaité diversifier son activité et placer Saint-Hubert sur la carte des territoires innovants en développant un lieu de créativité en milieu rural sur le modèle des tiers-lieux. Il s’agit d’aménager l’ancienne gare de la ligne ferroviaire Bruxelles-Luxembourg qui jouxte l’hôtel. Le projet “Gare!” comporte deux axes principaux : un espace de travail partagé (coworking au vert, accueil d’entreprises, incubation, relais de services) et un espace culturel et de créativité (résidences d’artistes, makerspace, diffusion, lieu d’exposition et d’événements). L’objectif d’Aude est de proposer un lieu d’animation et d’innovation locale qui cultive un lien fort entre l’économie et la culture et qui s’appuie sur les savoir-faire locaux.

Fin 2015, Ocalia avait assisté Aude Piette dans le montage de son projet : coaching, analyse du contexte territorial, identification des partenaires et des potentiels locaux, approfondissement des premières hypothèses et orientations (services, publics cibles).  Des scénarios avaient été élaborés de même qu’un planning et un phasage de la mise en œuvre.

En 2016, Ocalia a poursuivi son travail qui a consisté à étudier la faisabilité de l’espace de travail partagé : soutien à l’élaboration du business plan, évaluation du potentiel et évaluation des besoins (par enquêtes et ateliers). Un travail important de communication et de sensibilisation a été mis en oeuvre et l’écosystème local mis en mouvement. Des préconisations opérationnelles ont été formulées pour pouvoir démarrer le coworking Gare. La société qui exploitera le lieu vient d’être créée par Aude.

Projet Gare! hub culturel , tiers lieux en wallonnie - ardennes

Projet Gare! hub culturel , tiers lieux en wallonnie – ardennes

En 2017 c’est le volet culturel qui doit être approfondi : diagnostic, mise en réseau des partenaires, approfondissement des liens filières (ESA, Galileo, filière bois), étude des besoins et préconisations opérationnelles (fiches actions / services / aménagements), communication et sensibilisation.

L’équipe d’Ocalia s’agrandit

Depuis janvier 2017, Pauline Marteau a rejoint notre équipe. Issue d’une formation à l’IEP de Lille en affaires européennes, Pauline accompagne les collectivités et services de l’Etat depuis 2012 pour l’élaboration et l’évaluation des stratégies territoriales, principalement en lien avec les fonds européens (programmes opérationnels FEDER-FSE, INTERREG, LEADER).

Pauline Marteau, nouvelle consultante du cabinet

Pauline Marteau, nouvelle consultante du cabinet

Travaillant en transversalité, elle a choisi de se spécialiser sur les usages et services numériques et les opportunités qu’ils constituent pour le développement des territoires : reconfiguration des rapports entre acteurs, impacts sur l’économie, possibilités de nouveaux services à la population… Sa conviction est que le développement numérique doit être anticipé pour être choisi

Loi pour une république du numérique: Open data et chèque numérique

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La loi pour une république numérique a été publiée au JO le 8 octobre 2016. Parmi les dispositions de ce texte, l’open data est entré en vigueur pour les collectivités, services de l’Etat ou organismes chargés de mission de droit public au 1er janvier 2017. Les documents concernés sont les documents administratifs mais aussi les bases de données ou encore les algorithmes sur lesquels se basent notamment les calculs pour l’obtention d’aides ou le calcul des impôts. Ces données doivent être mises à disposition en format ouvert. Le répertoire SIRENE est d’ores et déjà accessible gratuitement du fait de cette loi. L’obligation ne concerne toutefois que les collectivités de plus de 3500 habitants et les organismes de plus de 50 salariés, ce qui représente néanmoins un défi pour ces acteurs.  La plupart des décrets d’application de la loi sont encore à venir.

L’open data ouvre entre autres des opportunités pour le développement de nouveaux services et usages pour les citoyens. Cette perspective se matérialise notamment par la possibilité, instaurée par la loi pour une république numérique, d’adjoindre aux schémas directeurs territoriaux d’aménagement numériques (SDTAN) des stratégies de développement des usages et services numériques (SDUS).  Ces stratégies visent à « favoriser l’équilibre de l’offre de services numériques sur le territoire ainsi que la mise en place de ressources mutualisées, publiques et privées, y compris en matière de médiation numérique ». La loi Montagne du 29 décembre 2016 rend par ailleurs obligatoires ces SDUS pour les SDTAN dont le périmètre comprend des zones de Montagne. L’Etat devrait publier des Orientations nationales pour le développement des usages et des services numériques dans les territoires comprenant un guide méthodologique pour l’élaboration des SDUS, attendu en mars 2017. Ces orientations seront élaborées en co-construction avec les collectivités, mais également les médiateurs du numérique. Ces derniers, suite aux 4° assises de la médiation numérique, ont créé une coopérative, afin, notamment, de faciliter leur participation au débat public.

La médiation  numérique figure elle aussi en bonne place dans la loi et dans les dispositions du gouvernement. Ainsi, la secrétaire d’Etat au numérique a annoncé fin décembre 2016 la création de « chèques numériques » : expérimentés en Aquitaine, ils devraient être étendus au plan national au premier trimestre 2017. Sur le même concept que les chèques déjeuners, ils servent à financer des formations au numérique dans les espaces numériques publiques pour les fonctionnaires, les salariés d’entreprises etc.

L’ensemble de ces dispositions et dispositifs interpellent les territoires, pour animer des démarches de déploiement de services numériques pour tous, en mutualisant les moyens, notamment humains, pour une appropriation massive des services et des technologies.

 

Pour approfondir :

Loi pour une république numérique (légifrance)

République numérique : que change la loi du 7 octobre 2016 ? (Vie publique)

Rapport  sur les dispositifs  d’accompagnement des  collectivités locales à  l’ouverture des données publiques, 17 octobre 2016 (opendata France)